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LE PETIT LIEUTENANT (Xavier Beauvois -2005-)

Publié le

Mars Distribution

Avant-goût     vous prenez un vulgaire feuilleton policier et vous le dotez d’une caméra de quasi docu, vous saupoudrez le tout avec des acteurs filmés au couteau et des répliques de flics quasi authentiques….vous mélangez le tout….ça donne un polar original, hors norme et d’une grande qualité propre à son côté très intimiste.

Pitch         à sa sortie de l'école de police, Antoine (Jalil Lespert) monte à Paris pour intégrer la 2ème division de police judiciaire (PJ). Caroline Vaudieu, de retour dans le service après avoir vaincu son alcoolisme, choisit le petit lieutenant pour son groupe crim'. L’enquête qui taraude tout le service c’est ces deux sans abris retrouvés noyés dans la Seine. Le jeune Antoine est amené à tutoyer l’univers d’un commissariat en essayant de concilier sa vie sentimentale difficile à tout ce qu’on lui a appris à l’école de police. Plein d'enthousiasme, Antoine fait son apprentissage du métier. Caroline (Nathalie Baye) s'attache rapidement à ce jeune homme, de l'âge qu'aurait eu son fils disparu...

Nathalie Baye. Mars Distribution

Avis          je ne vais pas faire long. Un polar d’une très grande qualité qui part d’un fait divers vers une enquête en brossant le portait sans partie pris d’un microcosme social : la vie d’un commissariat de police. Le fond est intimiste grâce à une caméra qui va à l’essentiel et qui filme parfois comme s’il s’agissait d’un docu, suivant par exemple de dos le cheminement du petit lieutenant le long d’un couloir le menant chez les stups, histoire de bavarder un peu avec des collègues qui font le même métier mais dans une spécialité différente. Il y a cette soirée au bar où il fête son intégration avec ses collègues, tous de l’équipe de Caroline.

Antoine Chappey, Jalil Lespert et Roschdy Zem. Mars Distribution

Il y a ces interrogatoires, ces perquisitions, ces portraits-robots…tout ce qui fait le quotidien d’un policier. Et ça donne vraiment du corps au film. Les dialogues sentent l’authenticité…loin…bien loin des imbécillités prononcées par les feuilletons policiers hertziens. A noter une admirable interprétation de Nathalie Baye, en flic combattant au quotidien son passé d’alcoolique et qui tente d’enfouir la perte subite de son fils en s’attachant au petit lieutenant fraîchement arrivé dans l’équipe qu’elle dirige. Un Roschdy Zem qui assure le minimum, dans un rôle légèrement effacé, mais qui montre encore et toujours qu’il est vraiment très bon acteur. Jalil Lespert est mis en valeur par la caméra, car il est peu loquace mais les cadrages le font « parler ».

Jalil Lespert. Mars DistributionJalil Lespert. Mars Distribution

Dans l’ensemble tous les acteurs assurent vraiment, ce qui est signe que ce réalisateur Xavier Beauvois sait diriger sa troupe de comédiens. C’est là un signe avant-coureur d’un grand cinéaste puisqu’il associe à sa bonne direction d’acteurs des cadrages et des plans séquences intimistes de très grande qualité !  Du cinéma policier juste et sincère, comme j’aimerai en voir plus souvent !!

Filmographie sélective de Xavier Beauvois :

Xavier Beauvois sur le tournage. Mars Distribution

1989 : Nord

1995 : N’oublie pas que tu vas mourir

2001 : Selon Matthieu

2005 : Le Petit Lieutenant



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LE MONDE NE SUFFIT PAS (Michael Apted -1999-)

Publié le

 
 

***FICHE TECHNIQUE JAMESBONDIENNE***

 

 128 min

 

Réalisation : Michael Apted

 

Production : Barbara Broccoli et Michael G.Wilson

 

Budget : 120 millions $

 

Casting : Pierce Brosnan (Bond), Sophie Marceau (Elektra King), Robert Carlyle (Renard), Denise Richards (Dr Christmas Jones), Judi Dench (M), John Cleese (R), Robbie Coltrane (Valentin Zukovsky)

 

Scénario : Robert Wade, Neal Purvis, Bruce Feirstein et Ddana Stevens

 

Effets spéciaux : Chris Corbould

 

Musique : David Arnold et Monty Norman

 

Musique générique :

 

Cascades : Simon Crade

 

Photographie : Adrian Biddle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avant-goût       un « james bond » très moyen, souffrant de vides intersidéraux entre des scènes d’action explosives parfois grossières. Le Monde ne suffit pas est aussi une plage publicitaire de deux heures où l’on voit une montre, une décapotable allemande, un hors bord révolutionnaire et une bouée gonflable devenir le « cinquième homme » de l’histoire !

 

Pitch        le magnat du pétrole sir Robert King est assassiné dans l'enceinte même du bâtiment des services de contre-espionnage britanniques, le MI-6. James Bond réussit à éliminer l'auteur de l'attentat, une tueuse professionnelle travaillant pour le terroriste international « Renard ». Dans l’optique de remonter jusqu’à ce terroriste, 007 se rend en Azerbaïdjan, pour protéger une cible potentielle de ce dernier : Elektra King. C’est en effet en Azerbaïdjan que Elektra King vient de commencer à exploiter un nouveau gisement pétrolifère. Mais pour 007 tout va s’accélérer plus vite que prévu et il trouvera heureusement le soutien de Valentin Zukovsky, un ancien du KGB avec qui il avait collaboré pour coincer le terroriste Cosaque « Janus » (l’agent 006), qui avait tenté de détourner le satellite « Goldeneye » contre Londres. 007 pourra aussi compter sur une scientifique chimiste pour remonter la piste de l’uranium susceptible d’alimenter une bombe nucléaire placée par le terroriste « Renard » dans un sous-marin.

 

 Robert Carlyle campe un "Renard" qui souffre de devoir un jour mourir à cause d'une balle présente dans son cerveau, et qui atteint petit à petit le coeur du système nerveux. A chaque mal il y a un bien, cette balle est logé dans la partie du cerveau lié aux sensations : pour l'instant "Renard" ne ressent pas la douleur, ce qui en fait un dangereux personnage vous ne trouvez pas ?

 

 

 

Avis           il semble que les scénaristes aient été trop nombreux à travailler sur le script de ce Monde ne suffit pas. La force de leur nombre (4 scénaristes) a permis d’imaginer plus de scènes d’action que dans d’autres « james bond », mais c’est au détriment de la crédibilité de quelques unes de ces dites scènes. Certaines sont grosses comme une maison voire risibles en prenant le parti d’en mettre plein les yeux davantage que d’être crédibles. Et ce surnombre de scénaristes a du posé des problèmes d’entente : entre les scènes d’action c’est parfois plat au plan des répliques, des réactions. C’est parfois creux, plat même si la séquence pré-générique donne le ton d’un retour en force de l’humour dérision et ironique de 007. Cet humour est le point fort du film.

 

Dans l’ensemble ce Monde ne suffit pas souffre d’un gros problème de rythme, faisant surfer le spectateur entre léthargie et réveil explosif. Sur ce même plan de la narration, cet opus souffre de voir le « boss », Renard, ne faire son apparition qu’au bout d’une heure, quant à la Elektra King, elle souffre de n’avoir que trop peu de répliques pendant la première heure du film. Ce qui fait qu’on ne sent rien du tout venir, voire pire encore, on se dit que James Bond n’est pas sur la bonne piste concernant son enquête. Cet opus de James Bond navigue entre les quelques répliques ironiques de James Bond, des déductions d’enquête un peu faciles et des cascades extravagantes. Tout ça s’imbrique et évolue au rythme du « cinquième homme » de l’ère Pierce Brosnan, autrement dit le « facteur X » : les gadgets bondiens !!  Entre la montre grappin, la décapotable qui parcourt le monde de l’Angleterre à l’Azerbaïdjan, le mini hors bord lance-missile qui fait des vagues sur la tranquille Tamise et la boule gonflable anti-avalanche…le spectateur en prend plein la vue. Certes, mais là où les gadgets étaient un petit plus du temps de Roger Moore, voilà qu’avec Brosnan ils deviennent un rôle à part entière.

 

 

 

Au plan charme Denise Richards a de sérieux atouts mais il est un peu gros de la voir être toujours sur les basques de Bond dans la dernière heure du film, comme si sans elle Bond n’arriverait à rien. Sophie Marceau est pleine d’atouts, et il est marrant de la voir en mégalomane archi revancharde envers « M » et le MI-6. Mais son côté français ne l’a pas aidé : ses répliques sont minimalistes et on sent quand même que quand elle discute avec Bond par exemple elle est à côté de ses pompes, ce qui fait déjouer le jeu d’acteur de Pierce Brosnan. Sophie Marceau ne comprendrait-elle pas l’anglais ?  Je suis dur puisque dans l’ensemble cette Sophie Marceau campe une « james bond girl » qui a de la gueule et du bouquet !!  Une ennemi digne de James Bond !

 

 

 

 

  

Note charme     ****

 

ð      personnellement Sophie Marceau ne m’a pas bluffé, même depuis dans « Anthony Zimmer ». C’est dire ! Elle a tout de même beaucoup de charme pour quelqu’un qui ne l’aurait pas archi déjà vu, du genre les anglo-saxons. La France connaît les charmes de Sophie car elle y a longtemps été surexposée. Elle ne peut en mettre plein la vue sur ce plan là. Mais sur le plan du charisme elle campe une très démoniaque « james bond girl ». Quant à Denise Richards…elle a ce côté pulpeux…qui ne laisse pas insensible.

 

 

Note action        ****

ð                la séquence pré-générique est très crédible au plan des cascades, ce qui permet au film de bien débuter. Ce qui est une très grande chose. Parmi les autres cascades du film celle de la course-poursuite à ski est risible tandis que celle de l’hélicoptère découpeur à la scie circulaire est pas mal. La course-poursuite en mini hors-bord lanceur de missiles à tête chercheuse est très bonne tandis que la séquence finale du sous-marin nucléaire est trop plate. D’où cette note moyenne !

 

 

 

 

Note James Bond       ****

ð                            explication de la note : l’ironie et la dérision de 007 annulent le côté grossier de certaines cascades. Le charisme et la noirceur de la « boss » Elektra King annulent le problème de rythme narratif. Le cadre pétrolier qui est dans l’ère du temps annule le côté déjà vu du sous-marin nucléaire armé d’une bombe nucléaire.

 

 

 

 

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ENFERMéS DEHORS (Albert Dupontel -avr06-)

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UGCPitch       un SDF se dégote un déguisement de flic. Il va alors jouer le héros d’une femme ayant perdu son enfant, l’ennemi d’un homme d’affaire, le protecteur d’une bande de SDF, etc. Il trouve en la SDF Yolande Moreau une alliée de « poids » pour retrouver l’enfant de ladite femme. Il demande à Yolande ce qu’elle ferait si un homme enlevait le bébé d’une femme. Yolande lui répond en hurlant : « si je retrouve le salopard qui a fait ça je lui démâte la gueule, je supporte pas ceux qui s’en prennent à de petits enfants qui n’ont rien demandé à personne pour naître. Ces gens faut les décapiter vivant, les lapider à coups de hache…et j’en fais du pâté…..du paaaaaaté !!! ». Vous voyez peut être mieux le genre du film… ?

Avis     ce film est complètement barré, et terriblement dément. Comment voulez vous que je critique un pareil OVNI dans de bonnes conditions  ?  Pour faire court je dirai que les cascades sont de la vraie bande dessinée, l’humour décalé foisonne à gogo, le personnage de Dupontel est timbré. Des anciens des Deschiens viennent aussi apporter leur savoir-faire. On pouffe de rire de voir la SDF Yolande Moreau manger des pommes (satire du slogan politique de Chirac), de voir Dupontel se prendre une boutique en pleine figure. Ça fait rire, ça fait sourire, et c’est tant mieux. Le scénario est quand même un peu trop embryonnaire, certains jeux de caméra donnent la nausée et on ne s’identifie pas à ces personnages complètement tirés par les cheveux.

Albert Dupontel. Eskwad

++++

Albert Dupontel. Eskwad

De ces défauts sortent des qualités. Le réalisateur Dupontel arrive à économiser ce scénario embryonnaire sans se répéter et en maintenant l’étonnement du spectateur. C’est un cinéma d’auteur comme un autre, car il n’appartient qu’à un seul homme, Dupontel. Après Bernie il remet une couche, avec sensiblement plus de fonds. Son monde virtuel totalement loufoque vient illustrer avec distance certains aspects de notre société (la perception de la police auprès du peuple, la perception des SDF, les préoccupations nombrilistes des grands hommes d’affaire, etc…). C’est un peu trop léger pour être dénonciateur mais il y a des scènes d’humour décalé qui se basent sur nos clichés sur les flics et les SDF, véhiculés par les médias. On ne rit pas mais on sourit largement quand on voit Dupontel (déguisé en flic) lancer « tu ne reconnais pas la police ? » à l’homme qu’il est en train de taper pour le faire parler. Fait-il allusion aux policiers « sarkozystes » ? Non vraiment, Albert Dupontel se place tout en haut de l’échelle des comiques one-man shows qui se sont lancés dans le cinéma. Il sait créer de toutes pièces un univers tellement barré qu’il lui permet de dénoncer malicieusement. Il écrit le script, dirige la caméra et tient le rôle principal, à l’instar de Bernie. S’il continue à nous sortir un one-man show cinématographique tous les deux ans, il est sur le bon chemin. Allez, espérons que le prochain sera plus dénonciateur encore…en attendant je me suis quand même marré. L’essentiel.

Albert Dupontel. Eskwad

Albert Dupontel. Eskwad Un film tellement déjanté qu'il parvient à faire passer comme une lettre à la poste sa palette satirique !



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Les Doors (Oliver Stone -1991-)

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Pitch      l’ascension des Doors et de son chanteur Jim Morrison, entre 1965 et 1971.

Avis   l’ambiance si particulière de défonce, entretenue par le personnage de Jim Morrison, ne peut laisser insensible le spectateur. Il y a aussi cette formidable bande-son des Doors qui m’a souvent placé sous hypnose !  Et cette bonne poignée d’images de scènes où l’on voit un Jim Morrison balancer des obscénités sur les flics et sur le public lui-même, notamment lorsqu’il dévalorise son propre public en leur lançant : « vous n’êtes qu’une bande d’esclave ! ».

Il y a une scène pseudo-culte où Jim fait connaissance avec Andy Warhol. La fin n’est pas surprenante quand on a entendu parler un temps soit peu de ce Jim Morrison, mais elle reste d’un bon calibre. Ce film est pas mal du tout, bonifié qu’il est par la prestation de Val Kilmer (Jim Morrison) et par le savoir-faire d’Oliver Stone derrière la caméra, avec des transitions entre les scènes parfois remarquables et des cadrages toujours excellents. Mais je ne peux le considérer comme un chef d’œuvre dans la mesure où l’ascension des Doors en haut de l’affiche est très rapide, dans la mesure où ce film n’affiche ce Jim Morrison que sous l’optique de la recherche perpétuelle du nirvana, en délaissant beaucoup à mon goût un aspect biographique plus précis. Les Doors ressemble plus à une illustration biographique avec un angle donné à la toxicomanie de Jim Morrison qu’une biographie au sens strict du terme. Ou plutôt une biographie cinématographique sans morale ni messages...Mais cela n’empêche pas le spectateur d’en prendre plein la vue…et surtout plein les oreilles !! Les Doors sera adoré par les nostalgiques d'un groupe parti en fumée trop vite, et à la production du coup légendaire, en si peu de temps.

Jeu d’acteurs

Val Kilmer :):):):(

Meg Ryan  :):):):(



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OCTOPUSSY (John Glen -1983-)

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***FICHE TECHNIQUE JAMESBONDIENNE***

 

127 min

 

Réalisation : John Glen

 

Producteur : Albert R.Broccoli

 

Budget : 27,5 millions $

 

Scénario : Michael G.Wilson, Richard Maibum et George MacDonald Fraser, et d’après l’œuvre de Ian Fleming

 

Effets spéciaux : John Richardson

 

Cascades : Bob Simmons et Rémy Julienne

 

Musique générique : Rita Coolidge « All time high »

 

Musique : John Barry

 

Photographie : Alan Hume

 

Sortie mondiale : 5 octobre 1983

 

 

 

 

 

 

 

Avant-goût        pour de l’action c’est de l’action !  Ce Octopussy dispose d’une des plus remarquables séquences pré-générique de l’histoire de la saga, une des « james bond girl » les plus charismatiques, une des séquences d’action-suspense les plus longues et efficaces de l’histoire du cinéma… Un rythme de narration soutenu et des scènes d'actions épatantes par leur originalité sont au programme. Bien avant l’heure de Pierce Brosnan et du James Bond qui se sauve de situations tendues par ses gadgets, Roger Moore incarne là un James Bond plein de bon sens et d’une débrouillardise plus naturelle.

 

Pitch        chargé d'enquêter sur la mort très suspecte de l'agent 009, qui eut à peine le temps de délivrer à l’ambassadeur de Grande-Bretagne un précieux œuf de Fabergé serti d’or, James Bond assiste à la mise aux enchères de ce fameux oeuf. Voulant savoir ce qui se cache en sous-main derrière cet objet de collection, Bond fait grimper les enchères d’une manière invraisemblable. Mais un certain Kamal Khan semble vouloir son acquisition à tout prix, puisque Bond fait monter les enchères jusqu’à plus de 450 000 livres sterling…pour au final trouver plus fort que lui. Bond se rendra compte plus tard que ce richissime prince Indien exilé, Kamal Khan, semble nourrir de secrètes accointances avec le général renégat soviétique Orlov. Mais quel lien y a-t-il entre l'oeuf, les complots du tandem russo-indien et la désirable, bien que mystérieuse, Octopussy, qu’il est amené à rencontrer en Inde ? Toujours est-il que Bond devra déjouer un attentat à la bombe nucléaire, dont tous les indices font de prime abord penser à une machination orchestrée par les Américains et visant l’Union Soviétique…

 

 

 Steven Berkoff, alias "général Orlov"

 

 

 

Avis          beaucoup de choses m’ont plu dans ce « james bond ». On retrouve bien évidemment l’ambiance particulière des agents secrets, avec notamment un mouchard (micro) miniature placée dans l’œuf de Fabergé, et qui permettra à Bond de suivre à distance Kamal Khan et de remonter la piste de feu 009…..c’est à dire jusqu’en Inde. Les décors et l’ambiance de L’Inde et de ses palais somptueux dépaysent à max. Cet ancien joyau de l’empire colonial britannique, est le cadre paradisiaque du film tout en étant truffé de pièges. Ce cadre donne du bouquet au film.

 

Le boss du film est un mégalomane, Kamal Khan, et est entouré d’un général soviétique dissident éméché contre l’occident et d’un bras droit qui ne passerait pas inaperçu dans une salle d’attente tant son faciès est sévère et sa corpulence digne d’un videur de boîte en plus svelte (Gobinda). Ce triptyque d’ennemis est coriace et poussera Bond dans ses ultimes retranchements.

 

 Louis Jourdan, alias "Kamal Khan"

 

 

Il y a cet humour « bondien » digne de l’ère Roger Moore (humour décalé), comme quand James sort l’épée du gosier d’un prestigitateur pour trouver de quoi se défendre contre ceux qui le poursuivent. Une fois le combat fini Bond lance à ce prestigitateur : « tu peux la raccrocher au mur » (sous-entendu : elle ne coupe pas, c’est une épée de pacotille). L’humour gag aussi de la séquence où Bond est dans le laboratoire de gadgets de Q et où les essais scientifiques de Q ne paraissent pas concluant et où certaines trouvailles semblent trop originales pour ne pas faire rigoler (par exemple la corde qui s’étire en l’air, faisant levier, et qui rendu à mi-hauteur se rompt).

 

La bande-son est charmante, d’abord avec ce générique mélodieux de Rita Coolidge, « All time high » et ces gimicks à suspense ou « fleur bleue » retravaillant le légendaire « James Bond Theme » du Monthy Norman Orchestra.

Le rythme d’Octopussy est très bon : on commence par en prendre plein la vue avec la séquence pré-générique : à bord d’un mini-jet qu’il fait prendre ses ailes depuis un van puis décoller, Bond se voit poursuivre dans les airs par un missile à tête chercheuse. Il fonce alors vers le hangar militaire qui est sa cible, il traverse à pleine vitesse le hangar, les soldats tentaient de le bloquer en fermant la porte mais il parvient à sortir dans un trou de souris, à pleine vitesse. Le missile lui…percuta la porte et tout le hangar explosa. Séquence décapante ! L’action aura d’autres instants de gloire avec la « chasse au James Bond » en pleine forêt équatoriale indienne où Kamal Khan et son bras droit Gobinda sont tous deux à dos d’éléphant, comme du temps de l’antique et grandiose Carthage. Roger Moore est la proie d’eux mais aussi d’un tigre, d’un serpent, d’araignées, d’un crocodile et même des sangsues. Un peu gros mais tellement dépaysant !!  Il y a aussi et surtout cette formidable séquence  de poursuite du train par une mercedes déjantée (sans jeu de mot, au sens propre du terme) conduite par Bond sur des rails, puis d’infiltration dans le train, de combat sur le toit de ce train contre le bras droit Gobinda et contre les jumeaux, des tueurs aux couteau. Tous aux ordres de Kamal Khan et du général Orlov. Cette séquence d’action-suspense est peut être la plus longue et la mieux entretenue au plan de la tension de tous les films que j’ai vu. Elle dure 20 minutes si vous voulez savoir et elle oblige Bond à sortir le grand jeu. Et il y a de quoi puisque ce train transporte une bombe nucléaire !!  La séquence finale est encore plus extravagante mais tellement crédible. Je ne sais pas comment a été réalisée cette scène mais dites-vous que Bond se bat avec le bras droit Gobinda sur les ailes d’un avion en plein vol, avec je vous le garantis une crédibilité époustouflante : on sent que ce ne sont pas des images de fond qui viendraient montrer une vue du ciel et un vide immense, Roger Moore grimace, accroché qu’il est à l’aile puis au toit de l’avion, les cheveux sont balancés dans tous les sens par l’infiltration du vent……………..non vraiment John Glen a fait du bon boulot parce qu’il s’est arrangé pour offrir une séquence de cascades vraiment crédible !!

La touche « charme » est réussie elle aussi même si Kristina Wayborn est un peu monolithique dans sa gestuelle « visagale » (comme dirait Elie Semoun). Mais c’est sans compter sur une Maud Adams très charismatique et énigmatique en « Octopussy » (une contrebandière de bijoux et objets de collection rares ayant à sa botte une armée de « gardiennes du corps »). Et il y a cette armée de femmes soldats qui viennent apporter un jour nouveau sur la saga Bond et étoffer le rôle jusque là maigre des femmes dans cet univers (le point noir de la saga).

 

 Maud Adams, alias "Octopussy"

 

 

 "Magda", l'autre james bond girl

 

 

 

 

 

 

 

Mais tout cela c’était avant le drame….bien entendu : Octopussy souffre d’une facilité de scénario qui décrédibilise un peu Bond. Il arrive à se fourrer dans un costume de gorille dans un wagon où un des jumeaux manieur de couteau et où Gobinda étaient. Logiquement ils auraient du le repérer facilement et en tout cas plus tôt. A un moment ils disent que la bombe (cachée dans ce wagon) sautera dans 6 minutes et Bond regarde aussitôt sa montre en levant haut son bras, logiquement, si Gobinda n’avait pas répéré ses yeux dans le costume du gorille il aurait pu au moins voir son mouvement de bras, surtout que le wagon fait 14mètres carrés tout au plus et qu’il était tourné dans l’axe du costume de gorille… Pareil je ne vois pas comment on peut se fourrer dans un tel costume sans embarras ni bruit… J

 

    Jeu d’acteurs    

Roger Moore (Bond) : ****

Louis Jourdan (Kamal Khan) : ****

 

Maud Adams (Octopussy) : ****

Steven Berkoff (général Orlov) : ****

Kabir Bedi (Gobinda, le bras droit de Kamal Khan) : ****

Vijay Amritraj (Vijay, un allié de Bond, son entremetteur en Inde) : ****

 

Note charme        ****

charisme de Maud Adams

Note action      ****

la séquence du train est magnifique, la séquence pré-générique époustouflante et la séquence finale sur l'avion bien osée même si elle me semble trop courte.

Note James Bond    ****

cocktail de charme, suspense, action, infiltration...un menu copieux et digne de la saga...

 

 

 

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La Vie est un long fleuve tranquille (Etienne Chatiliez -1987-)

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Pitch       dans une petite ville du nord de la France, deux familles nombreuses, les Le Quesnoy et les Groseille, d'origines bien différentes, n'auraient jamais du se rencontrer. Mais c'était sans compter sur Josette, l'infirmière dévouée du docteur Mavial, amoureuse et lasse d'attendre qu'il quitte sa femme. Dans un moment d'égarement cette infirmière a échangé deux nouveau-nés, un Groseille (les pauvres) contre un Le Quesnoy (les riches), pour se venger de la vie et du docteur. Comprenant que Mavial ne l'épousera jamais, elle révèle le-pot-aux roses aux deux familles. Les Le Quesnois entendent alors racheter moyennant 20 000 francs le Maurice dit « Momo » qu’ils n’avaient jamais imaginé être leur fils. Le jeune Momo s’intègre dans la famille Le Quesnois mais les parents Le Quesnois souffrent de ne pas pouvoir tout régler par le porte-monnaie.

 Le "Momo" des Groseille deviendra le Maurice Le Quesnoy (Benoît Magimel

                Avis     sans faire rire, bien des situations de ce film font sourire. Mais avec « La vie est un long fleuve tranquille » on surfe entre comédie et sérieux, ce qui fait qu’à mon goût soit l’humour a vieilli soit elle n’est pas assez appuyée. La vraie force du film n’est pas là : elle tient aux différences qui séparent le monde des Le Quesnoy, bourgeoisie chrétienne pratiquante, et les Groseille, de milieu modeste et limite vulgaire. C’est extravagant mais cette intrusion soudaine de Momo chez des bourgeois donne lieu à une chronique sociale sur ce qui sépare son ancien milieu du nouveau : les non-dits et tabous des Le Quesnoy contre la légèreté des Groseille ; la bonne éducation des premiers contre le laissez-aller des seconds, l’argent bien placé chez les premiers contre l’argent claqué par la fenêtre chez les seconds ou encore la richesse dans la pierre et l’argenterie contre l’arrivisme des Groseille. Parce que le bouleversement social que l’on suit ne tient pas qu’à la découverte faite par Momo d’un milieu plein de bienséance et de non-dits. Il tient aussi aux conséquences que les 20 000 francs ont sur le train de vie des Groseille. Les voilà qui sont plus riches et qui entendent le montrer, malheureusement sans la manière et plein d’arrivisme.

 La mère Groseille, qui ne sait pas claquer ses 20 000 francs autrement qu'en des vêtements et une coupe de cheveux aux anitpodes de son train de vie initial.

Le film était alors passé d’une chronique sociale à un essai sur l’argent, son pouvoir et sa force de fascination et persuasion, après un début de film efficace montrant à tour de rôle les deux milieux. Pourquoi pas ?  Mais selon une évolution scénaristique aussi parfaite et agréable…pourquoi le film se finit-il en queue de poisson ?  Ou tout du moins pourquoi se finit-il aussi vite ? Il y avait tellement plus à dire…



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Les idées de TIKEN JAH FAKOLY, le combat mené par Tiken.

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Dans son premier album « Mangercratie » (1996),  Tiken Jah dresse un bilan amer du monde dans lequel il vit et dans lequel il dit perdre ses forces de guide. Dans sa chanson « Délivrance » il en appelle à Dieu pour l’aider. Tiken dit avoir protesté contre « le racisme, le tribalisme »…en vain…il dit s’être invectivé contre les « conflits, la répression et l’oppression »…mais en vain…Le monde continue selon lui à s’indexer sur le « capital » sans que « la moralité » soit considérée comme « capitale ». Sa diatribe est teintée de religiosité : « j’ai le sentiment de prêcher nuit et jour dans un désert […] au secours mon Dieu, délivrance mon Dieu ».

Dans la chanson « Mangercratie » Tiken Jah dénonce des peuples africains utilisés « comme des chameaux dans des conditions qu’on déplore…ils nous emmènent souvent en bateau vers des destinations qu’on ignore….ils allument le feu, ils l’attisent et après ils viennent jouer aux pompiers ». Il essaie d’ouvrir les consciences d’un sombre « allez dire aux marchands d'illusion que nos consciences ne sont pas à vendre ». Il y a aussi cette allusion à la perfide « Babylone » dont les dirigeants africains seraient les « complices ».

Dans « Plus jamais ça » Tiken Jah condamne la méthode employée par les rebelles anti-gouvernementaux et le peuple qu’ils soudoient pour faire parler d’eux. Il parle de « bus qui s’enflamment » et de « maisons en feu » qui sont une destruction « de nos acquis ». Tiken Jah parle au nom du peuple ivoirien et lui fait dire que l’on « a déconné ». Mais il condamne tout autant la répression gouvernementale : « pourquoi réprimer les citoyens…au nom de quelle politique ? », demande-t-il…

Dans l’album « Françafrique » en 2002, Tiken Jah Fakoly prend davantage parti, ses idées paraissent plus claires, ses constats sont plus appuyés. Les refrains et la rythmique restent tout aussi séduisant s pour les oreilles. Avec « Le Balayeur » il s’attaque à l’ex-président de Côte d’Ivoire Henri Konan Bédié, qui fut « balayé » du pouvoir en 1999 par le général Guei. Konan Bédié avait créé de toutes pièces le principe national de l’Ivoirité : sous le régime de cet homme bien des burkinabés, des guinéens et autres gens qui vivaient en Côte d’Ivoire de père en fils depuis plus de 50 ans se sont vu mettre à la porte du pays à cause de leur non-appartenance ivoirienne fraîchement définie et décrétée par ce Konan Bédié (abolition de citoyenneté, fin de leur droit de vote, interdit de séjour, etc…). Cet ex-président souffre sous les coups de butoir des mots et de la mélodie de Tiken Jah Fakoly. Ce dernier parle d’un « balayeur balayé », qui promettait aux Ivoiriens de l’emploi et de la croissance économique nouvelle par son nettoyage du pays : « arrivé comme un héros il est reparti à zéro ; arrivé comme un ami il est reparti comme un ennemi ». Tiken fustige sa politique nationaliste à travers ses expressions cyniques « je l’avais pourtant prévenu de la déception de mon peuple […] il se croyait le plus malin il a eu plus malin que lui ; il se croyait le plus intelligent il a eu plus intelligent que lui ». Dans un entretien livré au site internet zabaniet.com le 5 février 2006 Tiken Jah Fakoly explique ses propos : « c’est ce monsieur (le président Konan Bédié) qui a créé le concept de l’ivoirité parce que, tout simplement, il voulait empêcher certains de ses adversaires potentiels de se présenter contre lui aux élections. Comme son adversaire Alassane Ouattra avait un nom à consonance malienne ou burkinabé il a l’a fustigé comme non-ivoirien…et tout a commencé par ça ». Sous-entendu que l’application de ce concept de l’ivoirité allait s’appliquer à tout le peuple ivoirien sitôt son élection présidentielle faite.

Dans la chanson « Le pays va mal » Tiken Jah parle des conséquences de ce concept d’ivoirité : « mon pays va mal…l’armée est divisée, les étudiants sont divisés, le pays est divisé même nos mères au marché sont divisées ». Il énonce quelques causes : la justice parti prenante plus qu’arbitraire, le tribalisme, la xénophobie…

Dans « Françafrique » il s’attaque à la difficile complicité franco-africaine : « la politique France Africa c’est du blaguer tuer ». Il fustige la France comme les fournisseurs des armes avec lesquels rebelles et peuple ivoiriens se battent. Il parle d’un pillage des richesses, de la ruine du Gabon et d’autres pays comme le Congo ou l’Angola. L’activité française « cautionnent la dictature tout ça pour nous affamer ils pillent nos richesses pour nous enterrer vivants ». Il en appelle à la « vigilance et résistance » voire à un réveil patriotique.

Dans « Justice » Tiken Jah dénonce une justice à deux étages, faisant la protection des grands du pays contre le peuple : « ces gens-là on a l’impression qu’ils sont au-dessus et que nous on est toujours victimes ». Il dénonce des enquêtes judiciaires lancées sur certains politiques ivoiriens qui sont tuées dans l’œuf et les remises en liberté fruit de combines.

Dans « Politiciens » un couplet vient noircir la condition d’homme politique et d’élu : « Les hommes de nos jours sont fourbes. Les politiciens sont des menteurs nés. Quand arrive la période des élections ils viendront raconter de nouveaux mensonges. Chaque jour c'est la même manie mythomaniaque. Toujours de nouvelles promesses ».

La chanson « Y’en a marre » tire le signal d’alarme. Tiken dénonce une Afrique oubliée et où « les aides aux pays (sont) détournées, les populations (sont) affamées, les fonds du pays (Côte d’Ivoire) sont dilapidées, les droits de l’homme (sont) ignorées… ». Il fait même un brin d’histoire en lançant un constat cinglant envers les principaux coupables de cette Afrique souffrante « après l’abolition de l’esclavage ils (les Occidentaux/ le Nord / les pays développés) ont créé la colonisation, lorsque l’on a trouvé la solution ils ont créé la coopération. Comme on dénonce cette situation ils ont créé la mondialisation. Et sans expliquer la mondialisation c’est Babylone qui nous exploite ». Il parle d’ une Afrique où gisent des « présidents assassins, des généraux aux commandes, des enfants militaires, des orphelins de guerre ». Ces gens qui à travers les mots de Tiken Jah deviennent les victimes et les acteurs de « machinations, manipulations, exploitations, oppression ».

Tiken Jah s’adresse au peuple blanc lorsque dans « Nazara » il rappelle que ses « ancêtres ont subi les travaux forcés (et) ont combattu pendant les deux grandes guerres ». Il parle d’un manque de reconnaissance de la part des « blancs ».

Avec son dernier album en date, « Coup d’gueule » (2004), Tiken Jah prend du recul sur le monde qu’il dénonce toujours. Avec « Plus rien ne m’étonnes » il se donne l’occasion de faire un peu de géopolitique mondiale en abîmant l’image des occidentaux. Il dénonce un partage du monde sous couvert de mensonges publiques et de braderies internationales où certains pays et certaines régions ne sont que de la marchandise : « ils ont partagé le monde […] si tu me laisses la Tchétchénie moi je te laisse l’Arménie, si tu me laisses l’Afghanistan moi je te laisse le Pakistan, etc… ». La main-mise et le partage des gisements africains : « si tu me laisses l’uranium moi je te laisse l’aluminium, etc… ». Puis place la course aux gisements énergétiques comme un facteur de cette braderie internationale : « si tu me laisses tes gisements moi je t’aide à chasser les Talibans ». Il finit par un cinglant puzzle africain qui s’est fait dépecé vivant par les grands de ce monde et ce, sans aucune moralité ni aucun respect du vivant et des ethnies qui peuplent le continent : « ils ont partagé l’Africa sans nous consulter […] une partie de l’empire Mandingue se trouva chez les Wollofs, une partie de l’empire Mossi se trouva dans le Ghana. Une partie de l’empire Soussou se trouva dans l’empire Mandingue. Une partie de l’empire Mandingue se trouva chez les Mossi. Ils ont partagé Africa, sans nous consulter ! Sans nous demander ! » . Une manière de justifier les guerres tribales qui déchirent le continent africain…

Tiken Jah Fakoly ne s’arrête pas là : il attaque les politiciens dans « Quitte le pouvoir », dénonce l’impact de la mondialisation dans « Tonton d’America » et l’hypocrisie de la dette africaine dans « L’Afrique doit du fric ». Dans « Quitte le pouvoir » il demande au président ivoirien de quitter le pouvoir « si vous aimez votre peuple […] une minute de trop 100 cadavres de plus 100 cadavres de trop ». Sa chanson « Sauver » ressemble à un cri de l’intérieur car Tiken Jah s’enferme dans la description de son pays ("viols, tueries, chasses, corruption des politiques") tout en appelant à l’aide aux instances internationales : "ONU, les droits de l’homme"… Il parle d’innocents qui meurent, de politiques « assassins », en clair d’un pays laissé à l’abandon et délaissé aux marges du centre humain et réglé par les lois nationales et internationales.

Même les Etats-Unis prennent un coup de massue lorsque dans « Tonton d’America » Tiken Jah décrit une aide américaine superficielle, trop superficielle au regard des problèmes profonds de son peuple. Extraits : « Il nous a donné la recette du bonheur il nous a même donné l’heure…..il était beau comme un paquet de clope avec dans sa hotte la dernière game boy et des jouets qui valaient une fortune et une fusée pour aller sur la Lune …on a joué, quand les piles se sont usé le cow-boy a repris sa game boy...il a dit aux moutons : fini de danser c’est moi le shériff. On a beau dire mais quand on est nu on souhaite la bienvenu…..on est tous assis à faire une dictée, manger la même bouillie dans l’assiette…il a pris nos cheveux c’était la coupe afro…il a pris tous nos cafés....il est parti sans nous laisser la marche à suivre…tonton d’America ». 

Tiken Jah Fakoly tourne en dérision la pertinence de la dette africaine dans « L’Afrique doit du fric ». Extraits : « Afrique esclavagisée, colonisée, martyrisée, dévalisée...ainsi dont l’Afrique doit encore du fric….les montagnes de fric volé par la « Françafrique »...les tyrans complices les gardant dans des comptes en Suisse…ainsi dont l’Afrique doit du fric...la solde des mercenaires et les armes des tortionnaires les milliards de francs volés à des pays souffrant…les sales sous des sales sous….ainsi dont l’Afrique doit du fric….Est-ce que l’afrique doit encore..non….après 400 ans d’esclavage ….plusieurs années de travaux forcés…des milliers d’entreprises qui pillent….le complot du FMI…les planques de la banque mondiale…des milliards d’euros volés par des bandes d’escrocs…Les présidents africains sont complices de ces trafics….ainsi dont l’Afrique doit du fric… », dixit Tiken Jah Fakoly.

Dans la chanson « ça va faire mal » Tiken Jah s’amuse à imaginer un monde possible de type hegelien où l’unité africaine autoriserait un avenir bien meilleur : « comme les Etats-Unis ça va faire mal…comme le Royaume-Uni… on pourra contrôler, on sera respecté, on pourra dialoguer, on pourra s’imposer…ça va les étonner…de nous voir évoluer...on pourra s’opposer à ce qu’ils veulent imposer, on pourra résister aux pays développés, on pourra bien lutter contre la pauvreté. Faisons donc attention à toutes ces oppressions. Evitons toutes les exactions pour que nous nous rassemblions car c’est l’unique solution. Attention à toutes ces divisions…et surtout évitons d’être l’herbe des moutons… », dixit Tiken Jah Fakoly.

Dans un entretien accordé au site Grioo.com en avril 2005, Tiken Jah Fakoly expliquait d’où viendra le salut pour le peuple africain : l’instance de l’Union Africaine. Il refuse de voir perdurer la main mise militaire française en Côte d’Ivoire pour combattre les problèmes causés par l’Ivoirité et d’en arriver à un Irak-bis, où les Américains résolvent maladroitement le problème d’un peuple soumis à une dictature. «  Le combat que l’Occident mène contre nous est limpide, c'est-à-dire que le souhait de Jacques Chirac c’est que le français ne doit pas manquer de café le matin, alors il va le chercher où il veut, et si il doit diviser pour avoir nos ressources, il va le faire. On le voit bien aujourd’hui avec l’Irak, son pétrole a provoqué une situation catastrophique. Je pense que si Saddam Hussein n’avait pas massacré son peuple, si les Irakiens étaient restés ensemble avec un chef d’Etat élu démocratiquement, ils auraient pu trouver une solution. Le fait que le peuple soit divisé, que Saddam Hussein soit resté président pendant de nombreuses années en tuant des gens et que ses ennemis ne pouvaient s’exprimer devant lui, tout cela a aidé les américains. Ainsi je dois rester optimiste pour continuer à promouvoir l’Union Africaine, il n’y a que ça pour nous sauver ».

La virulence des paroles de Tiken Jah Fakoly va peut être faire école, car depuis qu’il a monté sa propre boîte de production à Bamako, il se met à produire de jeunes artistes dont la qualité première est d’avoir quelque chose à dire. Comme l’explique Tiken Jah : « La volonté de vouloir faire passer un message revendicatif sera la condition indispensable pour que j’enregistre un artiste ». Dans l’attente de voir sa chère Côte d’Ivoire à l’image de ses espoirs, Tiken Jah vit dans l’exil : « Je me lève pour lutter contre tous ceux qui détruisent mon pays avec le concept de l’Ivoirité qui ressemble aux idées du Front National en France. Je suis donc en exil pour des raisons de sécurité, et comme j’ai conscience d’être sur le bon chemin je sais que je vais rentrer en Côte d’Ivoire. Il faudrait simplement que des élections libres et transparentes soient organisées pour virer ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui car je sais qu’ils n’ont pas la majorité. » (entretien accordé à  Grioo.com le 4 avril 2005.

Dossier : Keruit

Source : les quatre albums de Tiken Jah Fakoly qui sont en libre vente partout dans l'hexagone :) et les sites Grioo.com et Zabaniet.com.

Pour une introduction de qualité sur Tiken Jah Fakoly consultez cette vidéo : http://www.dailymotion.com/video/xa9xx_tiken-jah-fakoly-coup-de-gueule

Sinon vous trouverez la chnason "le balayeur" en concert à cette adresse :

http://www.dailymotion.com/video/xkaq1_tiken-j-le-balayeur

De même pour la chanson "plus rien ne m'étonne" à l'adresse suivante : http://www.dailymotion.com/video/xnhrt_tiken-jah-fakoly-plus-rien-ne-meton 



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LE NOM DE LA ROSE (Jean-Jacques Annaud -1986-)

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Avant-goût      prenez un huis clos emmuré dans une abbaye glauque + une enquête complexe sur une série de meurtres et ajoutez-y une parfaite transposition au cœur d’un XIVème siècle tiraillé entre peur du Malin, foi et supersition………ça donne un pur chef d’œuvre nommé "Le Nom de la Rose" !  Jean-Jacques Annaud fut encensé par la presse lors de la sortie de ce film, et Annaud confirmait sa grande maîtrise malgré des sujets des plus complexes avec cette adpatation du roman d'Umberto Eco après son si singulier "La Guerre du feu"..

Pitch        1324, dans une abbaye du nord de l’Italie. Un cadavre est retrouvé gisant au pied d’une fenêtre dont l’ouverture est scellée et dont la vitre n’est pas brisée. Le moine franciscain Guillaume de Baskerville arrive et constate cet état de fait. Ce cadavre s’est-il suicidé ? Mais il se trouve qu’en plus de la fenêtre scellée celle-ci n’est surplombée par aucune autre ouverture. Il mènera l’enquête, tandis que plusieurs autres moines bénédictins voient eux aussi leur vie foudroyée par la mort.  Il semble avoir affaire à un tueur en série…

Avis         Jean Jacques Annaud a fait des prouesses, bien qu’il ait adapté le roman de Umberto Eco. Il met en scène un moine enquêteur tellement lettré qu’il fait la part des choses entre la foi illuminée et le mystère obscurantiste. Sean Connery campe ce personnage de lettré parmi des illuminés dont le faciès fait tout de suite penser à une communauté dominée par les forces perverses du Malin (des loucheurs, un bossu, des défigurés, etc…).

Ron Perlman. Collection Christophe L.

Annaud allie une qualité historique factuelle à une enquête pointilleuse, faisant surfer le spectateur entre torpeur, suspense entretenu, faits historiques et transcendance. Il se sert même habilement de cette enquête pour extrapoler avec véracité sur les activités des communautés monastiques du bas moyen-âge. Plongeant le spectateur dans une ambiance mêlant le superstitieux, la peur du Malin et le pragmatisme du moine enquêteur. Le spectateur est progressivement pris en étau, cherchant de plus en plus la sortie. Ces meurtres semblent être l’œuvre du Malin, tandis qu’approchant de la vérité ce pragmatique enquêteur essaie tout en retenu de sensibiliser les membres de la communauté monastique à la possibilité d’un tueur en série. Et ce n’est pas tout puisque ce Guillaume de Baskerville parviendra à trouver la cause de cette série de meurtre, soustrayant des alibis usités un mobile puissant et se faisant fi de la mort étrange des coupables eux mêmes. Annaud continue alors son bonhomme de chemin et touche alors aux subtilités d’un ouvrage interdit par les cadres de cette communauté, illustrant avec brio et retenue le rôle des communautés monastiques de gardien moral mais arbitraire du savoir universel.

 

Guillaume de Baskerville face aux bibliothécaire et au conservateur de l'abbaye.

Annaud, d’une façon générale, maîtrise très bien la montée en puissance du suspense à coups de plans et cadrages épurés et de plans parallèles sur les paysages qu’offre cette abbaye baignant dans un brouillard persistant. Le Nom de la Rose s’adresse aux initiés comme aux débutants car ce film a tous les ingrédients pour séduire, soit par son intrigue de polar à multiple rebondissements, soit par son ambiance des plus noires voire gore par intermittence, soit par la réflexion qu’elle autorise sur la religion au temps de l’Inquisition (l’Inquisition qui par ailleurs fustigée). Il y a aussi ce Christian Slater, tout jeune à l’époque, qui apprend de lui au fur et à mesure de l’enquête, et qui s’offrait là le grand rôle qui dopera sa  carrière filmographique.

  Cette affiche est plus parlante que la première jaquette publiée plus haut...



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CASINO ROYALE ( Martin Campbell -nov06-)

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FICHE TECHNIQUE JAMESBONDIENNE :

 

Etats-Unis/Royaume-Uni, 2006

 

De Martin Campbell

 

Budget : 72 000 000 $

 

Affiche teaser américaine. Columbia PicturesProducteurs : les fidèles Barbara Broccoli et Michael G.Wilson
Scénario : Neal Purvis, Robert Wade, Paul Haggis, d’après le roman de Ian Fleming, et collaboration de Jean Bourne (La Mémoire dans la peau et La Mort dans la peau)
Casting : Daniel Craig (007), Eva Green (Vesper Lynd), Mads Mikkelsen (Le Chiffre), Judi Dench (M), Giancarlo Giannini (Rene Mathis), Caterina Murino (Solange Dimitrios), Simon Abkarian (Alex Dimitrios), Jesper Christensen (Mr.White)
Cadreur : Roger Pearce

 

Photo : Phil Meheux
Musique : David Arnold

 

Musique générique : « You know his name » de Chris Cornell
Durée : 2h24
Sortie : 22 Novembre 2006

 

 

Avant-goût   Martin Campbell est le plus grand réalisateur et metteur en scène de « james bond » de ces vingt dernières années ! Après avoir sauvé la saga du naufrage en 1995, avec un Goldeneye enfin efficace après une période de disette qui courait depuis 1987 et le Tuer n’est pas joué de Timothy Dalton, Martin Campbell réédite selon moi le sauvetage de la saga avec ce Casino Royale. Il est le plus grand réalisateur de « james bond » de ces 20 dernières années à plusieurs tires : il permet un passage d’armes discret et crédible entre Pierce Brosnan et Daniel Craig, il fait renouer 007 avec celui de Ian Fleming, sa caméra épurée va à l’essentiel et enfin, il y a une crédibilité au plan des scènes d’action et de cascades. Casino Royale est aussi l’adaptation du tout premier roman de Ian Fleming…et Martin Campbell s’est montré très fidèle dans la narration. Il met en scène un 007 débutant et vulnérable qui place ce Casino Royale comme l’adaptation cinéma la plus fidèle de Ian Fleming, à l’instar de ceux de l’ère Sean Connery. Explications…

 

Pitch    James Bond reçoit le matricule 00 suite à deux missions réussies. Ce matricule lui confère le droit de tuer. Il se trouve que la deuxième de ces missions lui donne envie de creuser davantage et de remonter plus haut dans cette affaire. Contre l’avis de sa supérieure, M, il se rend aux Bahamas, où il croit possible l’implication du « Chiffre », un homme connu de son agence, le MI6, pour être le banquier mondial des terroristes et autres seigneurs de guerre africains. Il blanchirai de l’argent sale en masse et serait acteur de grands mouvements de fonds bancaires. 007 se lance dans cette enquête qui lui imposera d’être surveillé par le Trésor britannique, représenté par l’irrésistible Vesper (Eva Green) qui doit vérifier à ce que 007 prenne soin des 10 millions de dollars que le gouvernement a levé afin qu’il participe à un tournoi hors normes de poker. 007 doit ruiner « Le Chiffre » pour subtiliser à ce joueur les fonds de son réseau bancaire. Mais rien ne se passe comme prévu…..car « Le Chiffre », reconnu comme un habile joueur, un matheux et un observateur hors pair de la gestuelle des joueurs rivaux, n’est que l’arbre qui cache la forêt du SPECTRE, le plus grand réseau criminel qui soit.

 

Sa première mission :

Daniel Craig. Gaumont Columbia Tristar Films

 

 

 

 

 

 

 

Avis      pour introduire la personnalité de James Bond la scène initiale est filmée dans une pénombre obscurantiste, sans action autre qu’un suspense de circonstance entretenu par James et la cible humaine de sa mission, tous deux accoudés sur des rocking chair en vis-à-vis. Le légendaire générique arrive une fois qu’il a flingué celui-ci et aussitôt on nous sert une séquence explosive de course-poursuite en haute altitude entre James et un yamakasi dur de la semelle. Il obtient aussitôt son permis de tuer et donc son matricule 00 grâce à ses deux missions réussies. Même si sa méthode trop tape à l’œil et expéditive fait hésiter sa supérieure M à lui conférer ce matricule 00. En 10 minutes Martin Campbell parvient à aller à l’essentiel et à introduire un nouvel agent 007 : un débutant au tout début de sa carrière. Je vous rassure, mon résumé du film s’arrête là !

 

 

Bien que la séquence de la poursuite du yamakasi soit explosive on sent une certaine retenue sur la mise en scène de la part de Martin Campbell. Et cette impression va se confirmer jusqu’à la fin, avec notamment un modeste mais efficace cadrage one shot de l’accident de voiture de 007. Martin Campbell nous offre un « james bond » plus terre à terre au plan des scènes d’action, et met en scène un agent 007 qui se teste, qui essaie, qui tente. Et ça fait vraiment plaisir à voir. James Bond redevient un humain, vulnérable et résistible. Mais la crédibilité du film se poursuit bien au-delà du personnage de 007. L’ennemi à abattre n’est plus ce bon vieux mégalomane sans scrupule mais un méchant qui a des failles, bien que son statut de banquier mondial des terroristes et son regard lui donnent un grand charisme.

 

Mads Mikkelsen. Gaumont Columbia Tristar Films  Madds Mikkelsen alias "Le Chiffre" !

 

Il y a aussi ces petits riens qui haussent le degré de suspense tout en restant vraisemblables, comme la partie de poker où 007 doit raquer cet ennemi, appelé « le Chiffre » et où le suspense immobile et entretenu longuement est digne de la saga tout en innovant. Ou encore l’erreur de débutant que commet 007 de boire un verre empoisonné en pleine partie, ce qui offre au spectateur l’inédite angoisse de se dire qu’il ne va pas s’en sortir.

 

Daniel Craig. Gaumont Columbia Tristar Films  VS Mads Mikkelsen. Gaumont Columbia Tristar Films

Daniel Craig et Mads Mikkelsen. Gaumont Columbia Tristar Films

 

Il y a aussi cette capacité purement « flemingienne » de montrer un 007 aimant. Eva Green est alors l’aimée, et fait jaillir de la saga un rôle de « james bond girl » enfin charismatique pour autres choses que ses seuls faits d’arme. Il y a cette pseudo love story qui bien que pas toujours crédible ne tombe pas non plus dans un côté « fleur bleue », grâce au côté femme forte de l’âme sœur de 007.

 

Eva Green et Daniel Craig. Gaumont Columbia Tristar Films

 

Et puis j’espère que ma critique ne vous laisse pas croire que ce Casino Royale manque d’extravagance en termes d’action-suspense. Parce que je pourrais citer la séquence extravagante (mais crédible je dois dire) de l’affrontement entre 007 et deux ennemis dans une maison vénitienne s’effondrant petit à petit dans les flots (ça fait palpiter les yeux !). Il y a aussi ces scènes « coups de poings » qui font à chaque fois pisser de sang 007, et qui lui rappellent combien sa profession est risquée…

 

 

 

 

 

     Jeu d'acteurs      

 

 

Daniel Craig  :):):):(

 

 

Eva Green   :):):):(

 

 

Mads Mikkelsen   :):):):(

 

 

 

 

Note action  :):):):) 

ð scènes d’action bien filmées et cascades crédibles sans être non plus trop banales 

 

Note charme  :):):):) 

ð Daniel Craig est trop froid mais Eva Green et Caterina Murino crèvent l’écran !

Caterina Murino et Daniel Craig. Gaumont Columbia Tristar FilmsCaterina Murino. Gaumont Columbia Tristar Films 

 

 

 

Note James Bond  :):):):)

ð cette note dépend de ma comparaison avec les autres films de la saga et dépend du facteur d’osmose avec l’univers originale créé par Ian Fleming

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sa seconde mission :

Sebastien Foucan. Gaumont Columbia Tristar FilmsDaniel Craig. Gaumont Columbia Tristar Films

le prolongement de sa seconde mission :

Mads Mikkelsen. Gaumont Columbia Tristar Films

 

 

 

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La Guerre du feu ( Jean-Jacques Annaud -1981-)

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Avant-goût   c’est une sorte de docu-fiction qui s’essaie à revisiter anthropologiquement et sans ennuyer pour autant le pan le plus obscur de notre histoire commune : l’âge de Pierre. La grande force de Jean-Jacques Annaud est d’être parti d’un noyau de vérités délivrées par les chercheurs pour tisser autour et sans raccords le parcours initiatique de trois homo sapiens. Un parcours balisé par la quête de ses émotions primaires, la quête existentielle du feu et l’instinct de survie.

Pitch      des membres d’une tribu d’homo sapiens sont rassemblés autour d’un feu. Attaqués par une tribu rivale, ils doivent abandonner leur campement. Les survivants se retrouvent au milieu d’un marécage. En plus d’avoir perdu du monde ils ont perdu le feu. Connaissant le feu mais ne sachant pas comment le produire, trois des leurs sont alors dépêchés pour ramener du feu dans la tribu, à l’aide d’une niche.

Avis      Jean-Jacques Annaud a livré un film vraiment hors normes. A l’absence de répliques d’acteurs, Annaud contrebalance un jeu d’attitudes et de postures subtils. A l’absence de scénario, Annaud contrebalance un essai anthropologique sur le feu, son invention et les guerres qu’il suscite entre les tribus. Filmé au Canada, en Ecosse et au Kenya, ce film dispose d’un cadre environnemental parfait. La Guerre du Feu est le plus brillant docu-fiction que j’ai jamais vu !

Jean-Jacques Annaud a tissé tout autour de ces trois personnages un ensemble d’éléments anthropologiques très crédibles. Par exemple il nous est rappelé combien le feu était il y a 80 000 ans une chose rare, en tout cas selon une époque où il était fraîchement inventé puisqu’il faisait la cible de toutes les convoitises. Ce qu’on savait déjà est évidemment dans ce film : le feu permet de maintenir à bonne distance de la tribu les prédateurs (loups, ours, panthères à dents de sable, etc), il autorise la cuisson des aliments ce qui décuple le goût, il permet la survie aux grands froids, etc…. Mais Jean-Jacques Annaud s’est employé, et admirablement employé je dois dire, à tisser tout autour de ces vérités des hypothèses anthropologiques et historiques. Ce qui n’est pas une mince affaire tant cette période de notre histoire est très lointaine et fortement dépendante des restes fossiles contenus dans des strates plus ou moins profondes selon les régions climatiques.

Jean-Jacques Annaud, et c’est là toute sa force, a essayé certaines hypothèses anthropologiques qui ont justement permis au film de se doter d’un quasi-scénario. Si on commence par le feu tout d’abord, objet central du film, il y a des choses que Annaud s’est essayé à montrer : les clivages dans l’utilisation du feu entre les tribus, certaines chassant le feu comme on chasserait un gibier, certaines prenant d’assaut un feu de camp pour approcher et découvrir enfin le feu, quand d’autres savent le créer de toutes pièces moyennant des brindilles, une tige et un socle en bois. Annaud s’est amusé à illustrer à sa manière toute une hiérarchie sociale établie par le feu et ses usages, une hiérarchie à l’ascenseur social rapide et implacable.

Il y a aussi en parallèle de cette quête du feu un tas d’essais anthropologiques qui méritent le détour, comme le passage chez un des trois homo sapiens du stade de la pratique sexuelle par instinct reproducteur vers le stade des émotions, de l’amour….de la pratique amoureuse émotionnée si je puis dire. Il y a aussi cette immersion dans un monde très hostile pour un homo sapiens seul, sans tribu et sans feu. Un monde hostile où les armes de défense et de chasse sont caduques (= « vaines » si vous préférez) à côté de ce qu’offre le feu où la solidarité d’une tribu. Et il y a aussi chez Annaud cette réussite d’avoir apposé en filigrane de cette quête du feu toute une philosophie existentielle sur l’évolution de l’homme, sur son maigre présent en grand devenir, sur ce grand combat pour la survie qui a permis notre vie actuelle. Cette philosophie existentielle permet à nous spectateurs d’être maintenus en haleine pendant tout le film. 80 000 ans de différence avec nous pour des personnages et des rôles qui parviennent à nous parler, à nous livrer quelque chose, à nous faire oublier toutes nos broutilles matérialistes, notre petit confort, etc…La Guerre du feu est un chef d'oeuvre à montrer dans toutes les écoles ! Chapeau l’artiste !



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