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Top films année 2008 !

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Western

Histoire
Affiche américaine. Miramax Films
Comédie

Thriller

Drame

Comédie noire

Histoire vraie
et Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr
Comédie sentimentale

Polar

Docu-fiction

Comics
Affiche américaine. Warner Bros.
Action
Paramount Pictures France
Animation




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Pour Elle (Fred Cavayé -déc08)

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Jean-Marie LeroyFred Cavayé signe là son tout premier film, il entre par la grande porte dans le genre thriller/polar, ce qui peut aider certes, mais surtout il démontre une réelle maîtrise de l’acteur Vincent Lindon, qui devait incarner ce film ou …ce film n’aurait point été. Ce duo Cavayé/Lindon, sur un scénario co-écrit avec Guillaume Lemans, porte le film à bout de bras, dans ses scènes un « peu grosses » comme dans son climat de l’amour qui donne tantôt des ailes, tantôt aveugle. Sur ce deuxième point, la réussite est au rendez-vous et donne à son tour des ailes à un scénario assez commun à certains téléfilms et leurs scènes pas toujours crédibles, mais dont l’habillage proposé caméra au poing par Cavayé fait taire certaines critiques.

 

Vincent Lindon reste un acteur à part. La Crise, Chaos, Ma Petite entreprise, autant de films dans lesquels le bonhomme a démontré de véritables interprétations à fleur de peau, dans des sujets pour le moins sociaux, pratiques et concrets. Pour Elle sans Vincent Lindon et il ne reste plus rien. Tout part en effet d’une vie normale, aussi rangée qu’elle n’a jamais été dérangée. Une interpellation au domicile, une garde à vue, une incarcération et l’amour fou de l’un pour l’autre va virer à la folie pure…


Jean-Marie LeroyLe château de cartes se serait écroulé par exemple dès la malheureuse séquence suggérant aux spectateurs le fin fond de l’histoire de ce parking du sous-sol, où Diane Kruger était censée récupérer sa voiture, comme tous les soirs… Il y aura de regrettable aussi que ce mari transi d’amour pour sa femme, décide de la jouer professionnel, après des séquences où il avait méticuleusement amassé les pièces de son puzzle et où Vincent Lindon ne forçait pas trop sur son talent lors de la vertigineuse séquence de son braquage de ce jeune « gagne-petit » qui le conduit vers son fournisseur « officiel », plein aux as quant à lui. L’argent pour se faire la belle dira-t-on…


Sauf que bien que les services de police, d’investigations et de douanes en prennent un coup sur la cafetière, concernant leur degré de communication interservices à l’échelle de Paris puis de la France, cela ne suffit pas forcément pour étayer la thèse du retour du couple à lui-même, c’est-à-dire hors des barreaux, comme avant avec leur gosse. En clair, bien des spectateurs n’y croiront plus là où le couple réussit toujours un peu plus.


Diane Kruger. Jean-Marie LeroyEn mettant bout à bout les points positifs de ce premier film de Fred Cavayé, on se rend compte d’un talent réel, et d’une histoire qui se tient, en plus d’être motivée par l’acteur Vincent Lindon, convaincant de solitude, effroi puis de folie…amoureuse. Finalement, cet hôtel servant de havre de paix, ces mauvais contrôles inopinés aux péages périphériques de Paris en direction du Nord dus à un signalement officiel se résumant à un couple avec un enfant ; ce fax annonçant cette femme comme recherchée par Interpol mais qui est réceptionné que le lendemain par l’aéroport, ne sont « gros comme une maison » qu’au regard de leur heureuse et fortuite conjonction. Mais ce genre de quiproquos parmi les services de recherche ne sont-ils pas si crédibles que cela, pris un à un ?


La thèse soutenue par Cavayé semble être cet amour qui renverse bien des montagnes et qui sous couvert d’avoir été attaqué illégitimement sur un acte qu’on leur reproche, pense devoir oser l’impensable. On ne peut enlever non plus ces instants 100 % cinéma, qui voient Vincent Lindon bouffer la caméra lors de séquences où il habite son personnage comme peu d’autres acteurs français savent réellement le faire : avec les nerfs à vif, le regard vissé. Olivier Perrier, campant son père, est admirable de complicité, mais avait-il le choix. Son fils lui avait-il laissé le choix, finalement ? L’amour de son fils pour cette femme avait déjà brisé les velléités de l’oncle. Qui pouvait résister face à ce déchaînement de folie amoureuse. Tout ce pan du film Pour Elle est réussi, Vincent Lindon fait un grand travail.


Vincent Lindon et Diane Kruger. Jean-Marie LeroyDiane Kruger a semble-t-il été choisie pour son visage d’ange, relativement froid aussi. Elle est donc tout à fait capable d’interpréter ce catalyseur caché du film, au sens où son comportement et son apparence peuvent faire perdre la tête à son propre mari. Ils sont fous amoureux l’un de l’autre, ce qui est très bien étayé par Fred Cavayé en tout début de film. D’où ce cheminement crédible du fil rouge du film : la prison comme obstacle à une vie amoureuse, un amour rendant aveugle et prêt à tout. Là alors, il est possible de minorer les quelques désagréments et les quelques critiques qui pensent qu’un prof de français n’est pas suffisamment fou pour mener une telle manœuvre, ou bien qu’il est trop intelligent pour tenter un sale coup pareil ! Sauf que par amour, nulle ne peut savoir ce qu’il advient de tout, c’est là où le film se correspond de bout en bout.


Si Fred Cavayé maîtrise son sujet au plan mise en scène et montage, et parvient de justesse à éviter l’écueil de la série B sur le fond de l’intrigue, à quelques exceptions près, il a retiré une facette de son histoire d’entrée de jeu, une facette qui aurait été superbement vertigineuse. Il n’a pas su utiliser à bon escient l’actrice Diane Kruger, qui en plus de camper le parfait catalyseur de l’amour « fou » de Lindon, aurait pu servir de suspense à rebours : la femme dont on ne sait pas si elle est en train de dévier pour rien l’orbite de ce prof de français, ou si elle a vraiment toutes les raisons pour que celui-ci agisse avec une telle folie. Cela aurait embarquer le film plus haut encore. Pour un premier film, c’est excellent, mais rien que sur cette présomption d’innocence qui n’est pas conservée en gestation tout au long du film, on sent effectivement tout de suite que c’est un premier film, voire même éventuellement un « petit » film dont le souvenir pourrait bien s’évaporer à la vision de San Salvador…



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The Boxer (Jim Sheridan -1997)

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C’est dans le Belfast des années de sinistrose (1990’s), et sa banlieue ouvrière qu’un ancien boxeur de renom sort de 14 ans de rétention pour décider de retrouver son quartier, les souvenirs qu’il y a laissé, et la haine sociale et religieuse. Faisant table rase du passé, il décide de ne plus se mêler de ce qui ne le regarde pas, comme son ancien rôle au sein de l’IRA, et ose penser encore à la belle Maggie dont l’IRA lui interdit formellement la moindre retrouvaille…amoureuse. Jim Sheridan signe là son troisième volet consacré à son Irlande sociale, dont la réussite avait suffi pour redonner ses lettres de noblesse à un cinéma irlandais jusqu’alors aussi miné par son budget que la société était minée par ces années de plomb favorisant toutes les haines, jalousies et rancoeurs…

 

La caméra épurée de Jim Sheridan avait fait des merveilles dans Réussir ou Mourir, la biographie visuelle faite sur mesure pour 50 Cent. Mais bien avant cette réussite qui a touché les jeunes générations dernièrement, Jim Sheridan pondait dans les années 90 un triptyque sur l’Irlande des quartiers des années sinistrose (années 90), dont The Boxer est le troisième volet (1997) après The Field (1991) et Au Nom du Père (1994). Jim Sheridan est le révélateur de l’acteur Daniel Day-Lewis, tête d’affiche de ce Boxer, et également le virtuose qui a redonné sa superbe au cinéma national irlandais.

Dans The Boxer son sens de l’épurement prend toute sa verve. Quoi de mieux que sa sobriété pour filmer le désastre gisant dans les pierres tombées des quartiers populaires de Belfast, où sont « parqués » les travailleurs à la petite semaine, les activistes nationalistes, avec tous femmes et enfants à charge, dans une Irlande qui connaît la crise et ne s’en sort pas. La possibilité de renouveau proposée en fil rouge par Jim Sheridan, est la baisse des tensions socioreligieuses et ethniques entre les communautés protestantes et catholiques de Belfast. Il en fait une condition sine qua non pour un vrai renouveau, pour un nouveau départ social tout au moins. Mais cette misère sociale pleine de haines sociales, de conflits intestins est un acteur à elle toute seule, ô combien tragique.


Un pas en avant vers le renouveau et les activistes remettent leur grain de sel. Sens de l’honneur, orgueils et préjugés sont comme des « pestes » surpuissantes capables de foutre en l’air le moindre effort de dialogue intercommunautaire. Triste constat alors que de voir ce boxeur, aimant une femme, sa boxe et le vieux ring qu’il ressort des poussières d’un cave, vouloir se ranger et essuyer les tirs d’escarmouche intempestifs sans broncher. Cette femme (Emily Watson) belle comme la pureté de l’eau, qui dans un monde d’hommes ne peut que fermer sa gueule et les laisser décider de tout et de rien : activisme, politique, mœurs et même de son propre amour éternel pour ce boxeur devenu prisonnier malgré lui, pour un attentat qu’il n’a pas commis bien que faisant partie à l’époque des troupes de l’IRA.


Il y a celui qui lui a fait porter le chapeau justement, et auquel ce samaritain pardonne. Le rôle revient au très présent Gerard McSorley. Il y a surtout ce déchaînement de violence crescendo, ou plutôt cet enchaînement à la Mère Patrie qui rattrapera au galop tous ses espoirs de mec rangé. Il y a des combats nobles à mener dès lors que la vie de gosses, de femmes, que des questions d’avenir et d’amour passent à la moulinette de l’attentat le plus minime, qui brise tout sur son passage, les espoirs de renouveau et les efforts de certains, l’avenir de tout un peuple que ce Danny Flynn pensait pouvoir tenir entre ses gants. La boxe aussi pour s’en sortir, s’évader d’un climat pesant. Se donner en spectacle malheureusement dans un sport qui malgré tout reste martial, et qui ne devient plus très simple à mener avec virtuosité dès lors qu’on veut faire le bien et rien que le bien. Il a laissé derrière lui son ancien partenaire d’entraînement de boxe, campé par le très bon Ken Stott, parvient à la rattraper au vol grâce à sa gentillesse prête à encaisser tous les coups.


Jim Sheridan et Daniel Day-Lewis offrent une nouvelle fois, après Au Nom du Père, une collaboration digne du 7ème
Art, dans sa capacité particulière à jouer l’austérité et faire transpirer ces pauvres décors cadre réel comme l’excroissance maligne de leur austérité sociale. The Boxer est une boule de neige, qui à mesure qu’elle roule amasse les sanglots de tout un peuple, brise toutes les branches sur son passage et empêche toute retenue, tout espoir de s’en tenir à quelque chose, à quelqu’un, de se maintenir en l’état même. Vaste précipice sans nom, ni loi que cette périphérie de Belfast, morbide bunker où sont enfermés des gens pleins d’espoir pour très peu d’entre eux, pleins de haines, jalousies pour beaucoup. Jim Sheridan rend compte avec une grande intelligence de toutes les misères humaines que notre monde peut encore cumuler sur les frêles épaules de quelques millions de gens. Sheridan en fait un drame absolu par petites touches de maléfices, comme ces policiers et ces autorités locales qui finalement prennent ce qu’ils peuvent : un coup de projecteur des médias lorsqu’ils offrent des tenues de boxe au club remis sur pied par Danny Flynn, alors que celui-ci sait que s’il les accepte il alimentera la cause des activistes, la police étant protestante et étant la réminiscence permanente dans la tête de beaucoup de déshérités irlandais catholiques de l’oppression qui résulte d’une sorte « d’invasion anglaise ».

Cela fait depuis 1916 que cela dure, même le conflit de la Grande Guerre n’avait pas résisté à cela, lorsqu’il fallait notamment trouver des volontaires irlandais pour rejoindre les troupes britanniques envoyées en France contre l’Allemagne de Guillaume II, c’est dire la difficulté pour Jim Sheridan de traiter d’un sujet qui dépasse aujourd’hui encore beaucoup de monde. L’Irlande est aujourd’hui en pleine lumière en terme de réussite socio-économique, son modèle économique a pondu les meilleurs œufs en or de toute l’Europe au sortir des années 90 de plomb, mais le problème est réel, et valait l’investissement d’un tel duo de qualité Sheridan-Day-Lewis pour en parler avec pureté, sobriété et intimité. Un film coup de poing comme il est impossible d’en faire avec autant de réussite sur un sujet social aussi complexe. Bravo !

 



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BURN AFTER READING (frères Coen -déc08)

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Affiche américaine. Working Title FilmsAffiche américaine. Working Title Films


Affiche américaine. Working Title FilmsAffiche américaine. Working Title FilmsAffiche américaine. Working Title Films

Sacrés larcins que ces Frères Coen ! Cette fois-ci en guise de farces et attrapes et de dindon de la farce on trouve la bonne vieille CIA ainsi que de parfaits nigauds prêts à tout pour obtenir une « récompense » auprès d'un certain Osbourne Cox, agent justement de la Central Intelligence Agency.


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Il a été dit et redit que les frères Joel et Ethan Coen avaient retrouvé leur superbe d'antan (Fargo 1993) lors de leur dernier long métrage en date : le noir No Country for old men. Et bien voilà qu'il pose une surenchère sur leur film phare, le bien nommé Fargo, avec cette fois-ci non plus la moquerie de la police mais tenez-vous bien de la CIA himself. Jouissif et corrosif à souhait donc que de voir cette agence connue se prendre plein de tomates dans la fig... au beau sortir de mandat de W. Bush. C'est à peu de chose près une belle parodie des films d'espionnage mettant en valeur le talent et le sérieux de ces agents au-dessus de tout soupçon.

Brad Pitt et Frances McDormand. StudioCanalVoilà que les frères Coen frappent et récidivent sur la moquerie du fond et de la forme de l'Homme. On prend de parfaits nigauds, risibles à souhait et on en fait de parfaits trublions innocents pour mettre en lien tout un tas de portraits burlesques de monsieur et madame tout le monde : l'agent de la CIA, le détective privé, la femme calculatrice, le séducteur invétéré qui reconnaît la texture d'un sol d'appartement tellement il en a vu des logements de ces dames. Brad Pitt tire son épingle du jeu en parfait naïf croyant avoir levé le lièvre d'un dossier « top secret » appartenant à OSBOURNE COX comme il dit si bien à plusieurs reprises tellement il s'y croit. Il est parfait d'idiotie: regard naïf et fuyant, en même temps il croit toutes les imbécilités qu'il prononce, et puis il est fortement porté sur son bidon de vélo et ses écouteurs de trainer de la société de remise en forme (mais pas de cerveaux) QUEDUMUSCLE.

John Malkovich a un fâcheux sJohn Malkovich. StudioCanalyndrome de Gilles de la Tourette, le fait d'être emmerdé par deux idiots le met hors de lui, à coups de « fuck » et « fucking » quelque chose, par exemple « fucking life », « fucking guy », etc. Très insolent et très jouissif dès lors que la rencontre a lieu entre ce Brad Pitt qui prétend que les « apparences sont trompeuses » et cet agent de la CIA qui croyant avoir tout perdu à travers les données que ce con lui propose de lui rendre moyennant rançon, va lui sortir de ces monologues !!

A VOUS DE JUGER SUR PIECE :







George Clooney et Tilda Swinton. StudioCanalOn a ce nigaud malgré lui qui ressortant toujours le même jeu de séduction, drague les dames sur internet, couche avec elle d'un soir à l'autre, et va se sentir dupé comme jamais à son tour.  Il faut saluer à ce titre la prestation de George Clooney qui joue son propre rôle, mais acceptant d'en faire une parfaite composition de ce que sa beauté masculine représente auprès de la gente féminine. Et puis quoi de mieux que la froide Tilda Swinton pour incarner la parfaite mante religieuse. Madame Cox à la ville, miss « Clooney » le soir venu, sous les draps.

George Clooney et Frances McDormand. StudioCanalCette adjointe de QUEDUMUSCLE et partenaire de choc de Brad Pitt n'a pas la langue dans sa poche quant à elle, elle conduit voracement, elle est jusqu'auboutiste dans son délire obsessionnelle de retrouver une seconde jeunesse toute liftée et dans la nécessité internationale de mettre à l'ombre l'espion qui se cache derrière les données recueillies par son imbécile de collègue. Il s'agit de la bien nommée Frances McDormand, actrice fétiche de messieurs les réalisateurs-scénaristes Coen. Ces deux nigauds de QUEDUMUSCLE forment une paire de premier choix pour mettre en relation doucement mais sûrement tout un tas de gens qu'on croyait pour certains super intelligent. Alors qu'en fait, eux aussi vont montrer une personnalité des plus risibles. La CIA bricoleuse et agissant en plombier permanent plutôt que de pouvoir vraiment régler les problèmes en amont, en prend plein le nez.

Les Frères Coen, décidément ont concocté un film jouissif, ou chaque personnage est plus ridicule que l'autre finalement, chose que l'on découvre à mesure que l'histoire avance. On rit donc de bon coeur en se moquant sans cesse de cette histoire aussi improbable et délétère pour l'Homme que celles pondues ci et là avec farce et force par ces deux frères volant au-dessus de la mêlée en matière de satire sociale et sociétale. Bravo à ces deux là, qui parviennent avec pas grand chose à faire un grand n'importe quoi qui se tient de bout en bout, et où les dindons et leurs farces se confondent mutuellement à mesure que leur habituel scénario structuré déroule son tapis rouge. Rideau s'il vous plaît ! A quand la prochaine boutade universelle et internationale sur l'espèce humaine ?



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L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux (R.Redford -98)

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Robert Redford. La légendaire placidité de Robert Redford à la réalisation prend ici toutes ses lettres de noblesse. Quoi de mieux qu’un peu de calme pour mettre en images ce roman de Nicholas Evans (paru en 1995), en cadre réel. Coulis de l’eau, prairies, et la Grande Pomme de New-York n’ont jamais été aussi rapprochés que par ce bougre de Pilgrim, un cheval gravement blessé promis à l’abattage sans la lutte obstinée d’une femme.

Robert Redford.


C’est assez dur de regarder ce film accompagnée de sa demoiselle. Dès que Redford apparaît à l’écran avec ses sages et expertes connaissances de Dame Nature, nous les hommes sommes rabaissés à l’état de « robert ». Mais bon, on l’attend d’autant plus au tournant dans ce cas là. Les mecs qui semblent en faire trop, on attend le premier faux-pas. Sauf que rien, que nenni, Robert Redford joue les Grands personnages d’entrée de jeu et n’en démord pas. Comme ce cheval qu’il dompte à l’intelligence comme il l’a toujours fait avec quelques chevaux que ce soit. Sauf que les méthodes de monsieur impressionnent ses dames.


La petite, campée par Scarlett Johansson pour son premier rôle (Young Star World féminine pour la meilleure performance 1998), n’a plus que ses yeux pour pleurer, elle a tout perdu dans un accident de cheval. Celui-ci est gravement atteint. Ecorché vif et redevenu primitif, agressif et effrayant comme une créature des Antres, Pilgrim ferait beaucoup de mal à la petite, s’il devait vraiment être abattu comme tous les experts le conseilleraient sans hésiter.

Kristin Scott Thomas. Mais cette femme, rédactrice en chef dans le grand New-York ne peut se résoudre à cette hypothèse. Sa fille est en jeu. Avec elle c’est la misère morale et sociale. Pas de communication, plus de silence de bouderies que de réels échanges mère-fille. Si Pilgrim est abattu c’est tout un pan affectif qui sauterait irréversiblement. Elle entend parler d’un homme rare, capable de murmurer à l’oreille des chevaux afin de les retravailler au corps, de les manipuler en amis, et petit à petit leur redonner confiance. Bien que cet homme vit à l’autre bout des « States des Etats-Unis », elle est prête à faire le voyage. Bien que ce chuchoteur daigne répondre à sa sollicitation express, elle s’y rendra, avec sa fille sur le siège passager, et son Pilgrim dans le van de derrière.

Robert Redford.


L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux est une once de paradis, au plan cinématographique. Une rareté au plan de ses paysages. Car ces paysages sont finalement un acteur à part entière. C'est tout un ranch, tout un far-west actuel qui s'ouvre au spectateur, dans la chaleur de sa Robert Redford. tablée comme dans la rigueur de son labeur. Le chuchoteur qui y vit est aussi discret que sage, et à ce titre tout à l’image de Dame Nature dès lors qu’on ne la provoque pas. Son ranch dirigé en association avec son frère et l’épouse de celui-ci et leurs gosses, font de lui un homme définitivement seul. Ses chevaux sont tout pour lui, ils lui ont fait regretter un temps sa rupture avec une artiste de Chicago, mais il l’a en même temps quitté parce que Chicago lui conviendrait jamais autant que son Montana de l’Ouest Américain. Il a développé un art rare, celui de comprendre le cheval.

Tout cela c’est raconter le film, mais en même temps L’Homme qui murmurait à l’oreille de chevaux ne se juge pas, ne s’analyse pas. Il se vit. Et tout est fait pour que ce film se vive vraiment dans la tête du spectateur. Le calme et les silences ne sont plus des ennuis mais un éblouissement des sens, répétés et répétés jusqu’à ce qu’arrive ce qu’on pensait qui allait arriver : une histoire d’amour comme ce cadre naturel et son quotidien l’incitaient.

C’est alors que Kristin Scott-Thomas soulage les spectateurs masculins. Stressée et snobinarde d’entrée de jeu, dans son New-York, la voici progressivement détendue, de nouveau humaine, belle et magnifique d’émoi pour un paradis total mêlant un amant probable, à la beauté retrouvée de Pilgrim. Ce film de Robert Redford est une grande réussite. Grâce à sa méthode habituelle de mise en scène, molle du genou, Redford respecte tous les champs de compréhension d’une telle histoire. La femme, la nature, le cheval…tout est propice à une grande histoire de cinéma. Il reste deux problèmes. D’abord le rôle endossé par Redford est celui d’un homme trop lisse, trop serein, trop parfait, c’est-à-dire en somme, sans autre surprise que son choix de vie exemplaire. Ensuite, la fin du film qui a totalement édulcoré la fin du roman.



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Complots (Richard Donner -97)

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Richard Donner sans sa saga L’Arme Fatale, ce n’est plus Richard Donner, et ce n’est plus non plus un Lethal Weapon des familles que ce Complots. Qu’à cela ne tienne, Richard Donner s'est essayé à un genre hybride entre comédie, action et thriller politique, sous l’ordre de Joel Silver, son mégalomane de producteur de films d’actions à toutes les sauces. Le résultat est décapant selon certaines scènes, parfois drôle mais dans l’ensemble très moyen.

Mel Gibson campe un personnage tout droit sorti des expériences désastreuses d’un laveur de cerveaux, et qui justement a le don de faire rire souvent de par ses extravagances en série, et les beaux draps dans lesquels ils plongent ses poursuivants. Il devait devenir un tueur en série justement. Il a dit non, il oriente tout ce qu’on lui a appris vers sa propre protection personnelle, excentrique là-aussi, avec ce domicile qui n’en serait un que dans un conte de fée moderne, celui où n’importe qui trouverait de quoi se loger dans des immeubles désaffectés partiellement, laissant certains étages aussi beau qu’un ensemble d’appartements non meublés.


Enfin bon bref, cet intrépide est amoureux d’une femme dont on découvre qu’elle est lié à son propre passé. On découvre plein de choses surprenantes, mais souvent au bout de scénettes qui tirent sur la longueur. Le rythme est très mauvais, de grandes pauses sur des moments insignifiants, et puis des vrais pépites de films à suspense qui pour certaines sont un peu devinées ou annoncées à l’avance. Alors pour résumer Complots, il faut commencer par dire que Richard Donner est un p’tit champion du film d’action pure. A ce titre je dis « Bravo Monsieur Champion ! » Mais dès lors qu’on lui demande de mettre un nappé de love story, thriller géopolitique et autres traits d’humour pertinents et appropriés, cela ne prend pas. Les interprétations pâtissent de certaines de leurs répliques, les rôles pâtissent de la façon avec laquelle ils sont mis en relation les uns les autres par le scénario. Ainsi a-t-on tout ce qu’il faudrait faire pour un film d’action-suspense politique réussi, si c’était mieux fait, et tout ce qu’il faut faire si on veut proposer un divertissement de qualité aux spectateurs, là c’est plus réussi.


Sauf que Richard Donner pêche beaucoup lorsqu’il ne filme pas l’action, en l’occurrence peu présente, et qu’il n’a jamais eut l’étoffe pour un tel genre cinématographique que le thriller. Toutes les bonnes recettes d’action, d’humour et de la saga L’Arme Fatale deviennent alors de vraies fils blancs...sur lesquelles R.Donner tire jusqu’à les rompre. Le film est alors désarticulé dans son tempo dès lors qu'on a saisi l'élément perturbateur, avec des temps trop longs pour mettre en scène des éléments qui ne méritent pas autant de temps, et paradoxalement des accélérations de scénario dès lors qu’il y a une transition entre pauses discursives et scène d’action. Quant à Julia Roberts elle envoûte vite comme elle désenvoûte vite.



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L'Echange (Clint Eastwood -nov08)

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Prologue                      
L'Affaire Collins a provoqué à la fin des années 1920 à Los Angeles un choc retentissant dans les milieux médiatiques, les Autorités locales, les juridictions policières et les citoyens de la ville. Une femme s'était faite enlevé son enfant Walter, s'est battue pour obtenir la vérité après avoir tout fait pour retrouver son fils. A l'issue d'un procès d'un retentissement jamais connue auparavant dans la Cité des Anges, des têtes sont tombées...

Angelina Jolie. Universal PicturesLa réussite du film L'Echange, immense dans tous les registres de cinéma qu'il exploite, ne tient qu'à une seule chose : l'expérience de Clint Eastwood. Il faut arriver à cet âge là, il faut avoir osé tous les films et histoires poignantes et réalistes qu'il a mis en scène, pour parvenir à une telle apothéose que L'Echange ! Et dire que Clint Eastwood était bien le seul à pouvoir briller dans toutes les ficelles qu'il y exploite, c'est peu dire. Quand on sait que ce grand gaillard là, à l'oeil perçant et aux histoires gênantes pour le microcosme hollywoodien, est obligé depuis longtemps de travailler quasiment seul, afin d'être délesté des impératifs des producteurs, et qu'il est devenu le plus puissant réalisateur indépendant de la planète, cela fait mal. Car après lui qui fera ce qu'il fait, d'autant plus avec une régularité annuelle et une filmographie dense ? Place à L'Echange.


Pitch                 

Cet enfant qui n'est plus le sien. Son Walter à elle qu'elle déclare enlevé, Angelina Jolie et Jeffrey Donovan. Universal Pictureset que les services de police de Los Angeles affirment avoir retrouvé, n'est pas ce gosse qu'on lui remet sur les quais de la gare devant la presse et leurs flashs intempestifs. « Vous êtes sous le choc Madame Collins ! Reprenez-vous. Vous faites du mal à votre enfant en parlant tel que vous le faites. Vous verrez après quelque temps cela ira mieux, vous vous serez reposée... », lui sort le capitaine de police tout en jetant un oeil vissé sur le cordon de police qui retient tant qu'il peut les journalistes. Sa brigade à lui et l'ensemble de la police de Los Angeles n'est pas à son premier gosse déclaré enlevé. Mais elle certifie à Madame Collins (Angelina Jolie) que pour elle c'est réglé, son fils a été retrouvé et bien retrouvé. En attendant d'autres disparitions similaires d'enfants ont alerté les citoyens via la presse. Plusieurs enfants sont encore en dehors de leur domicile. Et leurs parents à eux n'ont pas la chance d'avoir reçu le concours positif de la police, qui ne leur ont toujours pas retrouvé leur progéniture. Alors Madame Collins ferait-elle mieux, sous le crépitement des flashs des journalistes du tout Los Angeles, d'accepter cet enfant tel qu'il est, de se taire pour ne blesser aucun autre parent esseulé, et de se reposer et reprendre ses esprits ?

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Clint Eastwood mélange les genres. Ainsi retrouve-t-on une certaine force empruntée à Vol au-dessus d'un nid de coucou, le phénoménal film sur l'univers « carcéral » des hôpitaux psychiatriques américains des années 70. On retrouve un nappé de film à suspense, du paranormal dans les premiers instants du film. Il y a ce fil rouge purement historique sur les années 20 et 30 de l'ouest américain où police, autorités locales, contrebandiers et médias font bon ménage. Il y a ce titre une atmosphère aussi prenante que dans l'excellent polar L.A.Confidential, bien que l'époque ne soit bien entendu pas la même, le cadre non plus.

Clint Eastwood mélange les genres comme un cinéaste seulement peut y parvenir, Angelina Jolie. Universal Picturesc'est-à-dire sans déplaire au spectateur venu voir un genre qu'il aime. L'humanité et l'amour confrontés aux difficultés existentielles typiques de Sur la route de Madison se retrouve tous deux réunis en une seule et même personne : Mme Collins (Angelina Jolie), seule mais forte, par amour pour ce que la vie lui a pris. L'innocence perdue de l'enfance, phénoménale dans son Mystic River se retrouve ici avec cette histoire à retardement de plusieurs gosses livrés à eux mêmes, ayant peur de parler et même de penser. Il y a du Sergio Leone, le grand cinéaste de la rédemption, du péché et de l'honneur en milieu inhumain, dès lors que Clint Eastwood recomence là où il avait fini son Million Dollar Baby.

Le dénouement est encore plus glorieux, shakespearien au possible, et donc tragique antique, mêlant le sort de plusieurs personnes à une seule décision, un verdict, suivi d'une métaphore imagée sur le recueil, l'absolution des péchés, le repentance, et la peine de mort ultime. Est-ce suffisant pour laver l'affront d'une blessure morale et assassine, infligée à une innocente qui bien que très prise par son travail et délaissant quelque peu son petit, ne méritait pas pour autant un pareil coup du sort ?

Angelina Jolie. Universal PicturesClint Eastwood ne pose pas les bonnes questions. Il suggère les bonnes questions aux spectateurs, en un mélodrame multigenres poignant d'humanité, de violences liées au parcours de chacun et non réduit à la seule et unique faute commise. Clint Eastwood brosse le portrait d'une police qui dans cette Cité des Anges des années 20, confond le devoir et le privilège. On se bat pour sauvegarder un privilège, et on est prêt à employer les moyens les plus crasseux et corrompus pour cela. Mais on ne se bat pas pour remplir son devoir, non. On se bat toujours lorsqu'on remplit justement son devoir, et qu'on cherche à le remplir dans la limite éthique de ses moyens disponibles. La police de cette époque, aussi pourrie que les contrebandiers qu'elles fréquentaient, passera sous la caméra de Clint Eastwood d'une nébuleuse criminelle à une organisation transparente se rapprochant du secteur de l'investigation plutôt que celui de la réparation à posteriori.

Clint Eastwood et Angelina Jolie sur le tournage. Universal PicturesClint Eastwood enfin, réussit à travers cette histoire peu banale puisqu'elle a provoqué le lessivage total des autorités policières et municipales de Los Angeles au début des années 30, à apposer une fois de plus sa méthode réaliste sur un fond attrayant. Ses limites n'existent pas. Il ressasse et éclabousse rétrospectivement les différentes méthodes utilisées à l'époque pour protéger les assermentés, et faire taire les coupables mais aussi malheureusement les faux coupables, les dérangeants, les contestataires de l'Autorité, les faux malades mentaux (Code 12)... Sont ressassés et retirés de nos critères de compréhension actuels la censure médiatique et la désinformation stratégique, la manipulation par les corps experts de la vérité même la plus scientifique et logique (Médecins et agents de l'hôpital psychiatrique), la marginalisation forcée en milieu opaque, confiné et secret (le secret médical et les traitements obligatoires du centre d'internement de Los Angeles), le paradis que représente seul au milieu de ces décombres de civilisation l'Eglise, la dérive de la justice bien qu'elle doive sur ce coup là se reprendre, la pertinence de la volonté de repentance dès lors qu'on est déclaré fou allié, la possibilité d'absolution des péchés dès lors qu'on ignore le mal que l'on a infligé, le besoin réel ou suposé de la peine de mort pour faire table rase du passé et d'un morale jusqu'ici malveillante.

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Guérir le mal par le mal. John Malkovich et Angelina Jolie. Universal PicturesC'est un peu le leitmotiv des messages de Clint Eastwood qui n'offre comme débouché aux maigres éclaircies de la morale malveillante un coup de bâton retentissant. Un combat sans fin, aussi beau que la femme qui le mène par amour. Aussi recevable que ces quelques renforts, maigres au possible, qui se joindront à sa souffrance et son âpre désir de savoir et connaître la vérité. Les hommes de l'ombre contre les autorités publiques. Le monde à l'envers quoi, à en perdre la tête, à en perdre la connaissance même de son opinion. Reste l'humain et l'amour comme rengaines de combat ultime, apocalyptique, après lequel les têtes tombent toujours. Sergio Leone a beaucoup appris à Clint Eastwood, tout comme ce dernier à beaucoup à apprendre aux metteurs en scène, scénaristes et producteurs d'aujourd'hui. Du cinéma comme celui-ci, ne débarque en salle qu'une fois par décennie. C'est l'oeuvre d'un grand parmi les tout grands. L'oeuvre de toute une vie, à rendre jaloux le moindre metteur en scène dès lors qu'on se rend compte la vitesse, la précision avec lesquelles Clint Eastwood revisite la pertinence des moyens de punir qui que ce soit pour ses fautes. Et il remet aux goûts du jour une véritable échelle des péchés, en égalant les phénomènes cinématographiques par genre, tels que Vol au-dessus d'un nid de coucou.

Clint Eastwood. Universal PicturesClint Eastwood a souvent été analysé comme le plus européen des cinéastes américains. Quand on sait les fonds scénaristiques qu'il met en scène en profondeur, avec son souci du détail, c'est tout à fait vrai. Mais là où le bâts blesse, c'est que Clint Eastwood doit agir seul, avec ses moyens de productions à lui, sans arrêts. Il dit ce que les producteurs des Etats-Unis veulent étouffer. Il filme comme si c'était son dernier film et qu'il avait des choses à suggérer pendant qu'il est encore temps. Dans cette course contre la montre, le premier réalisateur indépendant des producteurs US, a assis une filmographie des plus complètes, plurielles, avec toujours en fil rouge l'instinct du réalisme à toute épreuve. Après avoir suggéré dans sa filmographie une sagesse constante pour toutes les mécaniques corrompant l'humain et l'Esprit humain bienveillant par nature, il ne reste plus à Clint Eastwood qu'à faire comprendre aux producteurs du monde entier qu'entre un artiste et un monnayeur il y a un pas à ne pas franchir.

Souhaitons que dans un demi siècle les producteurs de cinéma ait compris que l'on peut tout dire et tout montrer dès lors que la fin justifie les moyens. Souhaitons que les producteurs se rangent derrière l'idée que se fait Clint Eastwood du cinéma : un art, le 7ème, et non une industrie mercantile !



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Two lovers (James Gray -nov08)

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Le 7ème Art est peut-être à l'aube d'une nouvelle époque,Wild Bunch Distribution celle du réalisme froid. James Gray semble décidé pour être plus productif tout en maintenant sa qualité. Le réalisateur virtuose de Little Odessa (à seulement 25 ans), a bouffé la pellicule à l'automne dernier , voici qu'il refrappe un grand coup cet automne. Deux ans, deux films. Fil rouge ? Joaquin Phoenix, l'acteur star de Sundance. The Yard, La Nuit nous appartient, Two Lovers. Phoenix et Gray ! Ce duo là va faire très mal. Une révolution du cinéma américain est peut-être en marche, James Gray fait école, il lui reste à oser toucher à tous les genres....Comme l'avait fait avant lui un autre touche-à-tout et grand virtuose de la photographie nommé Stanley Kubrick ! Sauf James Gray ne démord pas et oeuvre dans l'ultra-réalisme.

Le réalisateur James Gray. Wild Bunch DistributionJoaquin Phoenix a décidément de la ressource. Rendu célèbre dans un rôle mort-né, un rôle humiliant et noir (le fils de Marc-Aurèle dans Gladiator), il parvient a retrouver la profondeur des rôles qui ont très tôt fait de lui un grand du cinéma indépendant US, portant pour bannière le festival de Sundance. James Gray l'adore (photo), il lui a donné un rôle salvateur dans La Nuit nous appartient, (dans The Yard avant cela), et maintenant dans Two Lovers.

Joaquin Phoenix. Wild Bunch DistributionUn film dont tout le monde se méprenait. Une histoire d'amour chez Gray ? Une comédie romantique ? James Gray et son réalisme ont fini de convaincre les récalcitrants, que son savoir-faire n'a désormais plus aucune limite, dès lors qu'il ose dans ce registre où on ne l'attendait pas. Two Lovers fait mouche, Phoenix, l'acteur fétiche de Gray, est brillant. Cette paire là est décidément phénoménale!
Interpréter cet homme atteint de la maladie orpheline de Tay-Sachs demande de l'expérience, un brin de folie et paradoxalement une certaine retenue. J
oaquin Phoenix crève l'écran. Son personnage vit chez ses parents, malgré ses 30 ans passés. Lors d'un mariage (avorté) qui l'a « défiguré » à vie, il avait été préférable de ne pas s'unir avec une femme, car elle-aussi atteinte de la même maladie. Le choc de se savoir malade. Le choc de se voir refuser la vie qu'il voudrait. Et puis plus rien. Le traitement quotidien pour éviter l'évolution de la maladie et son lot de crises maniaco-dépressives. Une tentative bizarre de suicide, ni totale ni utile pour demander de l'aide.
Joaquin Phoenix et Vinessa Shaw. Wild Bunch DistributionEt puis un jour cette femme met sa main dans la sienne. Et puis une deuxième femme que l'homme est cette fois-ci allé chercher. Non loin c'est vrai, puisque c'est une voisine de l'appartement de ses parents, donc du sien. Une fenêtre entrouverte et un dialogue de Roméo et Juliette sans la peur du vide à laquelle leur courette commune fait penser. La femme choisie en clair, celle à conquérir, celle dont le jeu en vaut la chandelle. Elle est grande et blonde, elle travaille pour un cabinet d'avocat, elle est déjà avec un homme, marié deux enfants, qui la laisse miroiter le temps des cerises. Elle ne sait pas ce qu'elle veut mais ce voisin imperturbable pense le savoir pour elle. Il l'aime, la vie de cette femme sera la sienne.


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James Gray développe alors doucement mais sûrement une mise en scène fluide malgré les difficultés qui se présentent à ce bougre de Roméo. La première femme est tout aussi belle, elle lui est présentée par parents interposés. Ou tout du moins par un ami de son père. La réussite de l'entreprise du père passera nécessairement par la revente de ce commerce à cet ami, dont la fille fait un peu partie intégrante de ce lot de promesses sur l'avenir. Bonheur à deux, réussite sociale ne paraissent malheureusement pas aussi importants aux yeux du jeune homme (Phoenix) que cet amour idyllique, passionnel qui se précise devant lui s'il adopte la bonne stratégie, celle de livrer ses sentiments et de faire table rase de ce mariage qui lui a terrassé le coeur et ses certitudes.
L'amour-passion à risque, face à la sécurité de l'avenir tout tracé par son gentil papa.Gwyneth Paltrow. Wild Bunch DistributionLe jeune homme ne restera jamais en peine de quoi faire, jouant même sur les deux tableaux d'entrée de jeu. C'est alors que
Joaquin Phoenix continue d'éblouir, comme lors de son Walk the Line. Agissant par pigmentation d'humeur à fleur de peau ou par des tics frivoles mais tellement sincères, Phoenix fait passer des messages, des sentiments, des sensations comme rarement il ne l'avait fait. Ce rôle complexe au possible, installe Phoenix comme un grand parmi les grands.
Joaquin Phoenix et Vinessa Shaw. Wild Bunch DistributionQuant aux actrices,
Vinessa Shaw (photo) et Gwyneth Paltrow, elles sont excellentes tout en dépendant entièrement du registre emprunté tortueusement par Phoenix. James Gray assure les interactions entre les personnages avec des subtilités selon les rencontres, avec dans l'ensemble une profondeur diabolique dans la juxtaposition dans un même homme de l'expression de deux amours différents : l'amour-passion, l'amour raisonnable, et le choc lui-même entre ces deux amours est exprimé face caméra par Phoenix. Un film qui se passe de mots, en clair, qui se vit. Un film à tout point de vue surpuissant en tant que romance post-moderne où les Roméo et Juliette vivent dans la dure réalité d'un monde qui courcircuite l'amour et le prend de vitesse.



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