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Mesrine, l'ennemi public n°1 (J.F.Richet-2008)

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La question était La Petite Reine / Roger Arpajoude savoir si Jean-François Richet irait au bout de son personnage... L'image christique de Mesrine abattu, sonnant comme un requiem en boucle à travers notamment l'affiche et la mise en bouche, promettait cela. Après la dépersonnification en un « autre » insaisissable, inidentifiable autrement que dans sa manière de se gargariser de sa notoriété d'ennemi public n°1, la personnalité Mesrine, devient sous les traits de Cassel, une cible que l'on peut abattre. Et la thèse retenue par Richet, pouvait embêter quelques mondes, mais Richet l'a amené dans le scénario d'une telle manière que cela ne se discute pas. C'est cristallisé dans sa pellicule. Mais qu'a-t-il retenu ? Bavure policière ? Plan méticuleux ?

                         Pitch

Les spectaculaires actions criminelles de Jacques Mesrine que les médias introniseront "Ennemi public n°1" et que toutes les polices de France traqueront sans répit jusqu'à sa mort.

Vincent Cassel avait pris du poids avant de se lancer dans ce projet. Les kilos pris, c'était pour tourner l'opus 2 d'entrée de jeu. Petit à petit, en perdant du poids (on remarquera l'allure moins pataude qu'il a dans le rush final du 2), il allait tranquillement pouvoir se glisser dans le Mesrine des débuts, celui qui a été éduqué à la « corvée de bois » pendant la guerre d'Algérie (assassiner les prisonniers). Vincent Cassel est tout en bonhommie, généreuse et communicative, tout en talent brut. On suspecte un humour sympa et puis non, il se laisse dériver vers l'injure contre le « système ». De quoi émerveiller les médias. On le sent malin, et puis non, il tombe sur plus malin que lui en la personne d'un aristocrate, auquel il voue du coup, un grand respect du style : « putain c'est toi qui va me baiser en fait, j'hallucine ». Insaisissable.

 

 

Mathieu Amalric et Vincent Cassel. La Petite Reine / Roger ArpajouForce tranquille parfois, Cassel interprète un bonhomme rigolard qui ne se prend pas la tête hormis lorsqu'il en fait trop. Dans le Milieu on préfère vivre cachés pour vivre heureux, lui s'affichait, laissait sa patte. Il était un marginal, à certains égards, seul dans l'ombre tout comme attirant toute la lumière à lui (renommée publique). Cassel interprète un autre Mesrine que dans le premier opus, c'est lié à l'évolution dans le temps de cette personnalité, plutôt qu'à une pseudo scission entre le 1 et le 2. Parce que de scission, il n'y en a point ! Tout a été tourné d'un bloc, le 2 en premier. Après un Mesrine volontaire sans obtenir d'écho à sa volonté, travailleur sans obtenir de jobs et honnête sans obtenir de reconnaissance, il vrille, puis dans cet opus 2 il ne cesse de « partir en toupie ». Comme lui dit François Besse (incarné par Mathieu Amalric). Charlie Bauer, campé par Gérard Lanvin, lui contera une autre version de l'ambivalence dans laquelle s'est fiché jusqu'à l'os Mesrine : « En achetant tes berlines allemandes tu flattes le système que tu prétends vouloir détruire ».

Ludivine Sagnier et Vincent Cassel. La Petite Reine / Roger ArpajouRichet reste au plus près de Cassel alors qu'il aurait été souhaitable d'afficher par de brèves séquences, toute la cuisine maison qu'ont dû mettre en place les autorités françaises (la création en octobre 1973 de l'OCRB par exemple) ou tout le sensationnel que faisaient revenir à la poêle chaque jour les journalistes dans les canards nationaux ! D'ailleurs, Mesrine en avait fait des armes personnelles de ces faiblesses répressives et de ce ballet médiatique, alors pourquoi pas ? Le film aurait été trop long ? Et alors... Pourquoi avoir fait la rupture entre le 1 et 2 après l'assassinat des gardes chasses canadiens ? Cela pouvait se faire plus tard.

Gérard Lanvin et Vincent Cassel. La Petite Reine / Roger ArpajouJean-François Richet conquiert son monde dans cet opus, parce qu'il est nerveux. Caméra virevoltante, succession de voies de faits pour Mesrine. Au lieu de suggérer que c'est l'étau judiciairee et policier qui se resserre sur un homme en perpétuelle fuite vers l'avant, Richet accorde la primeur à des dérapages de Mesrine lui-même, qui le condamneront. Comme s'il y avait lui et... tous les autres.

Vincent Cassel. La Petite Reine / Roger ArpajouEn affichant davantage un aspect policier dans le film, le spectateur aurait mieux cerner le personnage de Broussard. Au lieu de cela, nous vivons dans une certaine légèreté, une certaine bonhommie sympathique qui fait passer Mesrine pour un havre de libertés, avec l'humour en prime, le sens de l'honneur, du respect et de l'honnêteté. Sauf que proposer un côté davantage polar aurait été très haletant : il aurait fallu exploiter le rôle de Broussard (par ailleurs mis en valeur par la prestation de Olivier Gourmet). La course à la mort de Mesrine c'est aussi l'histoire indirecte d'un système dépassé. Par exemple comment ne pas être surpris de son irruption en blouse blanche à la barde du policier de surveillance, jusque dans la chambre d'hôpital de son père malade ? Comment ne pas se demander s'il était vraiment possible de braquer une deuxième banque dans la foulée d'une première, en traversant simplement la rue ?

 

 

Vincent Cassel et Jean-François Richet aux César. Mireille Ampilhac pour AlloCinéAventure rocambolesque en somme que cet opus 2, où un homme seul, fait tourner les têtes sur lui mais trop tard, de tout un système qui ne vivra son échec que par procuration. Cela renfrogne moins. Par contre un dérapage insensé de Mesrine allait démontrer qu'il repoussait toujours ses limites, celles de son code de l'honneur. Jusqu'à quand ? Jusqu'à ce qu'il doive être définitivement sorti du jeu. Cela donne Broussard en Une des journaux et Mesrine pour la postérité. Richet ne suggère point de bavures policières, oh non, il fait sortir les fusils d'assaut, il fait se faufiler un homme jusqu'à la berline allemande, pour le voir tirer à bout portant dans la tempe. On abat la dernière carte, celle d'un jeu dont les règles avaient été changées, trop vite changées, afin que le système digère ce qu'il venait d'ingurgiter...

 



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Mission impossible III (J.J.Abrams (août06)

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Plus d'infos sur ce film

United International Pictures (UIP)Une petite autoproduction de Tom Cruise pour se maintenir en vie, suite à ses déclarations sur son appartenance à la « scientologie », et c'est reparti ! Sauf
que cela se résume à du film d'action de luxe. Concernant l'esprit de la série TV ou les pattes précédentes d'un réalisateur reconnu, tout s'est évaporé. Tom Cruise a eu ce qu'il cherchait : un rôle taillé par lui et pour lui.



                      Pitch
Ethan espérait avoir tourné une page en quittant le service actif de la Force Mission Impossible pour un poste de formateur ; pouvoir enfin mener une vie "normale", se consacrer tout entier à sa ravissante épouse, Julia... Mais lorsque Lindsey, la plus brillante recrue de l'IMF "tombe" à Berlin, Ethan se sent moralement obligé de lui porter secours. Assisté de ses fidèles coéquipiers Luther, Zhen et Declan, il infiltre le repaire du trafiquant Owen Davian et arrache la jeune femme des mains d'une quinzaine de ses sbires. Trop tard : quelques instants plus tard, une mini-capsule de magnésium explose dans la tête de Lindsey, la tuant sur le coup. Davian avait tout prévu... Pour Ethan, c'est bien plus qu'un ratage - c'est une faillite personnelle dont il lui faut au plus vite se racheter...

United International Pictures (UIP)Troisième long-métrage adapté de la série TV Mission : impossible, après Mission : impossible (1996, Brian De Palma) et Mission : impossible 2 (2000, John Woo), ce troisième opus est aussi le moins racé. Aucune patte du réalisateur dans ce troisième volet, en effet, d'autant plus en comparé avec les gunfights de Woo ou le style de De Palma. J.J.Abrams, créateur de la série Lost, obtient le bébé après les désistements de David Fincher et Joe Carnahan (Narc). Puisque c'est Tom Cruise qui choisit, c'était lui qui choisissait un peu, un peu trop même, car la perte de Fincher et Carnahan est effectivement liée à des choix artistiques (qui sont trop souvent à la solde des producteurs).

Rien d'étonnant alors, que de voir Cruise endosser le rôle d'un agent sans égal, aux limites du sauveur de l'univers, un peu tel un membre « marvel » de la Ligue des Justiciers. Car c'est la raison d'état qu'il s'attaque, d'après nos premières constatations de spectateur, puis en fait on se rend compte qu'il démasque un complot. Donc le film est agréable et bien dosé entre action pure et suspense dans ses trois premiers quarts d'heure. La séquence d'infiltration du Vatican par contre, fout en l'air le sérieux du scénario. Superproduction elle est, superproduction elle restera ! L'infiltration est grossière, à la fois elle paraît facile et anodine, sans tension réellement imposée au spectateur. S'ensuit le déroulement du fil de l'intrigue, qui fait place définitivement à l'héroïsme, la bravoure.

Tout au long de tout ça, les séquences d'action sont bonnes, mais combinées au scénario, font passer ce M:I III pour un film d'action de luxe, qui détendrait amplement un soir d'hiver, sans toutefois ravir les amoureux de l'esprit de la série. Côté infiltration c'est effectivement au bord de la niaiserie. Quant à Tom Cruise, s'il interprète pas mal son rôle, son personnage en fait beaucoup trop. Manque de crédibilité donc, dans le scénario, sans toutefois que le spectacle ne devienne affligeant en facilités de scénario, en dialogues ou en spectacle. Après tout, Tom Cruise voulait se mettre en scène lui-même, son pari est réussi. D'ailleurs depuis ses déclarations sur son appartenance à la « scientologie », ce sont ses autoproductions seulement, qui peuvent le maintenir artistiquement en vie. Mais quelle pauvreté...artistique, justement ! Et puis il va tenir combien de temps comme ça ? Il faut rappeler que M:I III en France, c'est moins de 2 millions d'entrée, tandis que le budget du film reste le plus gros de toute la trilogie ! Sa seule réussite est d'avoir convaincu Philip Seymour Hoffman, assez brillant comme souvent...

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Crinière au Vent, une âme indomptable (Sergeï Bodrov -2001)

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Voilà un film assez surprenant : on y décèle un esprit Jean-Jacques ANNAUDien dans ce portrait d'animaux-acteurs (ici des chevaux), et puis comme toujours me concernant, je regarde ensuite qui a fait quoi. Et bien Crinière au vent est bel et bien le seul film pour lequel Annaud ne fait que produire. Pour le reste, on imagine bien qu'il a permis de fournir le meilleur dresseur de chevaux, antilope et autres lionne ou guépard. En l'occurrence celui qui avait permis le vaste projet Danse avec les Loups par le passé. Annaud a su confier les rênes de la caméra à du très bon  : Sergeï Bodrov, auteur récemment d'un très « 100 % steppe » Mongol !


Pitch                                     

En 1914, beaucoup de chevaux sont importés d'Allemagne vers la Namibie où ils travaillent dans les mines. Un poulain naît à bord d'un bateau allemand qui transporte ces chevaux en Afrique. Séparé de sa mère et terriblement vulnérable, il est adopté par Richard, un garçon d'écurie orphelin qui vit dans une petite ville minière. Il le baptise Lucky, le poulain grandit vite et rencontre une jeune pouliche nommée Beauty. Le père de celle-ci, un étalon noir qui fait la fierté et l'orgueil de son propriétaire, ne supporte pas de voir Lucky s'en approcher. Lorsque la guerre éclate, la ville est évacuée. Lucky est abandonné sur place, livré à lui-même dans les dunes inhospitalières du désert de Namibie. En suivant une jeune Bushman, il apprend à survivre dans les conditions les plus hostiles et à devenir un magnifique étalon. Des années plus tard, Richard, devenu pilote d'avion, survole le désert de Namibie...


En-dessous du Columbia TriStar Filmsmythique L'Ours, au-dessus des Deux Frères. Annaud reste le maître du film où l'animal tient en respect les hommes. Toujours l'absence heureuse de militantisme, mais toujours cette prédisposition scénaristique à faire s'incarner les animaux dans leurs attributs, devenant des rôles-titres à part entière. Chapeau donc pour cette débauche de dressages, opérés ici par Sled Reynolds.

Columbia TriStar Films« C'est une histoire universelle, une histoire de survie, d'amitié, d'amour, de trahison. Elle nous parle d'apprentissage, d'endurance et d'espoir », observe le cinéaste russe Sergeï Bodrov. « L'épopée de ces chevaux sauvages m'a tout de suite passionné, ajoute le producteur Jean-Jacques Annaud. Comme L'Ours, on découvre l'histoire par les yeux d'un jeune animal. La plupart de mes films ont pour thème la connaissance et l'apprentissage. J'aime placer côte à côte deux être issus de cultures différentes. Ici, l'un des deux est un cheval, et il apprend la vie dans le désert à travers la connaissance et l'expérience des humains...»

Crinière au Vent est l'histoire des seuls chevaux qui ont pu avec réussite, recouvrer leur liberté à l'état sauvage. Et le plus beau pour nous les hommes, c'est qu'ils y parviendront grâce à...l'homme. Etat de guerre, 1914. Fuite des hommes, abandon de tout le village. Des chevaux livrés à eux mêmes, étant donné qu'ils n'ont jamais pu se rendre compte par eux-mêmes de ce qu'est la survie en plein désert, et qui n'ont jamais cessé de naître en captivité, d'être dressés pour le trait ou autres. Un film aux acteurs majestueux pour un public féminin, puisque ce sont des chevaux qui animent les débats et les...ébats. Jalousie, leadership sur le troupeau de femelles, c'est aussi en particulier l'histoire de la vie en troupeau et la question de la pérennisation d'une communauté de chevaux, à travers le duel magnifié entre deux étalons. Et nous les hommes nous nous y reprendront allègrement à deux fois pour prendre bonne note de ce phénomène de mâle dominant qui lui seul, après une lutte contre son concurrent, est reconnu comme le guide, le garant d'une survie et d'un avenir.

Columbia TriStar Films« Il existe une technique qui consiste, au lieu de demander à un acteur d'interpréter de façon traditionnelle et d'inventer ce qu'il ressent, à le placer dans une situation semblable à celle qu'il doit jouer ou dans une situation qui va créer chez lui une émotion semblable. C'est ce que nous avons fait avec les chevaux. Nous les avons placés dans des situations où ils réagiraient de façon similaire. », précise Annaud. « Pour choisir les animaux-acteurs, il nous a fallu autant de précision que pour les acteurs humains. C'est le même processus : tous les chevaux savent sauter, tous savent courir, mais certains le font mieux que d'autres… Il a fallu jusqu'à quatre semaines pour leur apprendre à charger et à ruer. Et auparavant, les dresseurs leur ont appris à travailler en liberté dans des hectares de désert. Il ne s'agit pas simplement d'apprendre à se cabrer. Il faut d'abord l'entraîner longuement, parce qu'il faut qu'il se muscle le dos et les reins. C'est un véritable programme d'entraînement physique et mental qu'il a fallu mettre au point », précise Sled Reynolds.

Columbia TriStar FilmsLorsque Sergeï Bodrov filmera cette masse rendue sauvage, qui fait s'élever les poussières d'un désert au roulement de tambour d'une centaine de sabots, la beauté prendra alors son sens le plus pur, et le film revêtira son message le plus convaincant : la liberté de l'homme s'arrête là où commence celle de l'animal. L'exploit encore, c'est qu'avec la stimulation, la simulation et la discipline il soit permis d'obtenir des comportements typiques : les animaux ne jouent plus le vrai, comme le feraient des comédiens, ils sont eux un point c'est tout, l'impression de rareté du film tient là.



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Les Noces rebelles (Sam Mendès (janv2009)

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Affiche américaine. DreamWorks PicturesRevolutionary Road est devenu en France Les Noces Rebelles. Un titre démesuré, à l’image du sujet auquel s’est attaqué Sam Mendès, trop grand pour lui. Il n’a définitivement pas le talent artistique des grands cinéastes du mépris. Ceux-là auraient sublimé le choc des esprits, Mendès filme lapidairement la chute de deux corps.

 

Pitch                                                         

Dans l'Amérique des années 50, Frank et April Wheeler se considèrent comme des êtres à part, des gens spéciaux, différents des autres. Ils ont toujours voulu fonder leur existence sur des idéaux élevés. Lorsqu'ils emménagent dans leur nouvelle maison sur Revolutionary Road, ils proclament fièrement leur indépendance. Jamais ils ne se conformeront à l'inertie banlieusarde qui les entoure, jamais ils ne se feront piéger par les conventions sociales. Pourtant, malgré leur charme et leur insolence, les Wheeler deviennent exactement ce qu'ils ne voulaient pas : un homme coincé dans un emploi sans intérêt ; une ménagère qui rêve de passion et d'une existence trépidante. Une famille américaine ordinaire ayant perdu ses rêves et ses illusions. Décidée à changer de vie, April imagine un plan audacieux pour tout recommencer, quitter leur petite routine confortable dans le Connecticut pour aller vivre à Paris...

 

Leonardo DiCaprio et Kate Winslet. DreamWorks PicturesSam Mendès avait conquis les foules avec American Beauty, il personnifie cette fois-ci l’american way of life à sa source, années 50, en faisant s’incarner le refoulement des sentiments face à la morale, à un couple tranquille d’une belle banlieue pavillonnaire. Kate Winslet, femme de Sam Mendès à la ville, crèvera l’écran lorsqu’elle interprétera la femme amoureuse, puis déstabilisera le public masculin quand elle décidera d’ensabler son cœur de toutes les frustrations que sa vie étriquée lui afflige par l’entremise d’un mari absent quand il faudrait qu’il soit là. En même temps pas simple, elle élève les deux enfants la journée, lui part travaille en ville. Elle a beau lui dire que ce travail ne lui apporte guère humainement, il le comprend mais il préfère une augmentation de salaire à leur exportation à Paris, pour que les rôles soient inversés...ou jamais. Di Caprio aura ses envolées colériques, celles qui enfin permettent qu’on s’identifie à lui, Kate Winslet ne déméritera pas son golden globe de la meilleure actrice, surtout dans la première heure, car ensuite elle comme lui, sont pris dans la tornade d’une démonstration si choquante de noirceur que l’interprétation moyenne passerait comme une lettre à la poste.

Leonardo DiCaprio et Kate Winslet. DreamWorks PicturesMendès soulignera, surlignera tout : les suggestions seront dires à haute voix un jour, les gestes de repli vers soi alimenteront la rupture un jour, le refoulement de soi se transformera bientôt en mépris pour l’être tant aimé jusqu’alors… Et puis la caméra se dézinguera de son orbite quand les bourrasques des débats fouteront en l’air jusqu’au souvenir  des ébats de jadis. Tandis qu’elle se posait sur les banalités longtemps et longtemps avant que le scénario dévoile enfin ce qu’il a dans le ventre. Sam Mendès filmait les conventions avec calme, quand il se noiera de confusion dans le tumulte d’un couple déconnecté de lui-même comme des conventions, tel un iceberg qui dériverait non plus sur un océan mais ailleurs, sans attache ni destination.

Kathryn Hahn et David Harbour. DreamWorks PicturesMendès extirpe la romance des banalités pour l’enfouir jusqu’à la tête dans deux regards personnels qui s’opposent dans un manichéisme noir à l’air vicié. La femme incomprise qui empierre son cœur, l’homme qui croit bêtement que de la performance et la réussite professionnelle jaillira le bonheur à deux. Mendès ne se gêne alors plus pour noircir les traits que l’on voyait déjà noircis comme noircis. Il fera dire ce que l’on savait, fera sentir ce que l’on pressentait, montrera ce que l’on ne voulait pas voir. Soit la conclusion d’un film que les diffuseurs français ont trouvé tellement démesuré qu’ils en sont arrivés à renommer en Les Noces Rebelles, l’histoire banale d’un couple qui vit dans la « rue Révolutionnaire » dans un beau pavillon de banlieue aux pelouses aussi tondues que ces années 50 tonsuraient les mœurs en public.


Sam Mendes et Kate Winslet sur le tournage des Noces Rebelles. DreamWorks PicturesMais dans le privé, que se passe-t-il ? On ne le saura pas, ou très peu : Mendès n’a pas le talent artistique des grands cinéastes du mépris. Sam Mendès a malheureusement choisi tout ce que le cinéma ne traite d’habitude qu’avec le sentiment de mépris, quelque chose d’inaudible, d’insonsable que seuls les très grands avaient osé affronter avec la force de l’artistique. Mais qu’est-ce que Sam Mendès a à proposer dans le domaine artistique ? Le lapidaire, des regards purgés, des frissons absents, des suggestions sans poésie, des gestes sans inspiration, des dires sans intonation… Un sujet en or pour quelques très grands, juste l’histoire inéluctable d’un chute à deux pour Mendès. C’est tellement plus contemporain, et aussi plus facile à « prêter à voir »…



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Jocelyn Quivrin part trop tôt. Toutes mes condoléances...

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Jocelyn Quivrin et Alice Taglioni. Jean-Claude LotherJocelyn Quivrin est décédé après avoir été victime d’un terrible accident de voiture survenu vers 23h20, mardi 16 novembre, à l’extérieur de Paris. Puissent sa compagne Alice Taglioni, actrice qui a mis au monde un fils en mars dernier, ainsi que la famille et les proches de Jocelyn Quivrin recevoir toutes mes condoléances.

 

 

Jocelyn Quivrin et Alice Taglioni. Jean-Claude LotherL’acteur de 30 ans circulait au volant de son Ariel Atom, une puissante voiture de course à toit ouvert dont il aurait perdu le contrôle pour une raison que l’enquête de police devra éclaircir. L’accident n’a laissé aucune chance au comédien. Après avoir percuté avec force la paroi du tunnel de Saint-Cloud (autoroute A13), il s’est trouvé bloqué dans son véhicule en flammes. Découvert par le grand public dans la saga Rastignac, il confirme dans Louis enfant roi, 99 Francs ou dans le grand succès populaire LOL. Il s’est tué dans un accident de voiture. Jocelyn Quivrin avait fêté ses trente ans le 14 février dernier. Toutes mes condoléances.

Jocelyn Quivrin. David KoskasElle ensoleillait l'atmosphère, il était calme et posé, ce couple à la ville, s'apprêtait à honorer la première de leur film Notre Univers impitoyable. Leur premier film véritablement à deux, dans la mesure où ils tenaient les deux rôles titres. Une rencontre amoureuse avait auparavant apporté toute sa saveur au film Grande École, en 2003, les deux acteurs n'allaient plus se quitter. Mettant au monde un fils en mars dernier, le fruit de leur amour qui allait de soi lorsqu'ils m'accordèrent bien plus que les dix minutes d'interview prévues. Ces deux-là, sont de belles personnes. Ils tiennent en respect autant qu'ils entretiennent le respect.

Mes questions, tarabiscotées de technicité liée à ma cinéphilie et au cinéma que je vis encore par procuration, parce que n'étant ni acteur ni réalisateur, avaient je me rappelle, obtenu toute la sollicitude de la part des deux acteurs, qui se repassaient le rôle de répondre avec profondeur, à des questions que pour rien au monde je n'aurai posé à d'autres stars. On parlait d'art, d'inspiration, de quiproquo couple à la ville/couple au cinéma, etc. Et voilà qu'Alice Taglioni posait tantôt son regard vers son compagnon lorsqu'il prenait la suite directe de mes interrogations respectueuses envers une profession qui s'affichait dans mes questions, comme rêvée autant que difficile. Mon respect étant là, mon admiration aussi, soit. Jocelyn Quivrin eut alors quelques réflexes verbaux que je m'empressais de prendre en note, j'avais bien l'impression que tous deux me parlaient sur un ton et selon une introspection au cœur d'eux mêmes comme jamais je n'aurai pu en imaginer le moindre souffle d'un soupir. Et pourtant...

Alice Taglioni et Jocelyn Quivrin. Jean-Claude LotherA propos de la dualité couple artistique/couple à la ville..., Jocelyn Quivrin eut ces mots : « Ce film (Grande École, 2003) avait un budget de moins d'un million d'euros. Ce n'est pas du même ordre que Notre Univers impitoyable. La réalisatrice Léa Fazer nous a fait passer des essais ; ils ont été concluants. Alice [Taglioni] et moi on a appris à se connaître comme deux acteurs pouvant jouer ensemble. Mon personnage est dirigé par sa propre femme. Dans ces moments-là, j'ai adoré donné la réplique à ma compagne. L'intérêt principal étant que je dois être plus tendre, plus humain, moins carriériste [veuillez noter que tous deux sont dans le film, avocats dans le même cabinet parisien]. Je suis fier du film. J'étais un peu retourné à la fin de la première projection. C'est drôle, touchant et élégant », note Jocelyn Quivrin, acteur qui avait fait ses débuts peu banalement, puisqu'à l'âge précoce de 13 ans, et qui ne s'est jamais contenté de rôles faciles. Alice Taglioni avait eu ces mots : « J'aime ce film du début jusqu'à la fin. Une bonne surprise. On s'aime dedans », disait-elle, le regard posé sur son homme.

Ce n'est plus les dix minutes escomptées qui avaient défilé à la vitesse de la lumière digne d'un autre univers, d'une autre galaxie, mais bien 30 minutes qui m'avaient été offertes par le couple, qui dû par contre se presser lorsque le dernier train pour la grande scène de la salle obscure, devait cette fois-ci, vraiment partir. Jocelyn Quivrin me serrait la main les yeux dans les yeux, comme si l'entretien lui avait plu ou bien alors qu'il sentait que son respect m'avait plu, et Alice Taglioni s'empressa aussi d'honorer cette première, en Haute-Normandie, à Yvetot, non sans un sourire qui me fit comprendre que le temps n'est rien. Passés la grand'porte, le couple s'immisça dans la grand'salle obscure. Petit foulard, les cheveux en chignon, une longiligne silhouette traversait l'obscurité du Drakkar. Des petites têtes blondes gardaient grand ouverts leurs yeux. Son homme, reconnu par la profession, allait ouvrir les débats avec le public, elle se tenait à côté, radieuse tel un soleil de bien des films, et tous deux captaient l'auditoire avec force là encore, de respect, de sollicitude. Deux belles personnes je vous disais, et bien je vous le dis, et je vous le redirai s'il le faut. Toutes mes condoléances les plus sincères, car pour un drame, c'en est un.


=> L'Hommage de l'équipe d'Allociné


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L'Homme de Chevet (Alain Monne -nov2009)

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Rezo FilmsDeux charismatiques interprètes féminines, et au milieu un homme impossible à identifier en tant qu’homme. Pas sûr que le public masculin y trouve certaines affinités autres qu’affectueuses envers…ces deux femmes, quand l’ensemble du film d’Alain Monne n’a certes pas les défauts d’un « premier film » mais est obligé de mettre à nu deux femmes parce qu’un homme ne parvient pas à le faire… Surmenées face caméra, elles donnent tout.

 

Pitch                                      

Carthagène, Colombie. Léo, ancien boxeur, travaille au service de Muriel, jeune femme tétraplégique. Peu à peu, une histoire d'amour passionnée se noue entre eux...

 

Sophie Marceau et Christophe Lambert. Rezo FilmsL’Homme de Chevet démontre certes qu’Eric Holder est un auteur qui inspire le monde du cinéma, après Je ne suis pas là pour être aimé ou dernièrement Mlle Chambon, mais son art littéraire, qui est somme toute celui de la rencontre ou de l’amour impossible, n’a jamais été adapté autrement qu’à coups de réaménagements ou de sélection de quelques pages seulement. Cette fois-ci, Alain Monne choisit d’expatrier le tout en Colombie, pour la beauté des images peut-être, mais surtout pour donner à son film la seule force artistique qu’il revêt, à côté du souffle puissant de l’interprétation de Sophie Marceau.


 

 

Margarita Rosa De Francisco et Christophe Lambert. Rezo FilmsQu’il s’agisse du premier film ou non d’Alain Monne, on ne peut exempter l’œuvre de ses faiblesses, celles en tout cas qui condamnent une histoire atypique en film banal. L’échec de L’Homme de Chevet à l’écran est celui de l’incapacité d’accoucher d’une belle et grande histoire à partir des nombreuses promesses laissées ci et là. Sophie Marceau peut subjuguer par moment mais au fond elle se meurt d’étouffement elle aussi. A côté d’elle, près de son lit éternel, cette femme pleine de renoncements frustres doit donner la réplique à Christophe Lambert.


Sophie Marceau et Christophe Lambert. Rezo FilmsSon homme à la ville représentait une promesse aussi, car un peu comme dans Mademoiselle Chambon, l’occasion d’interpréter le non-dit avec force d’une présence physique promettait de sublimer la passion amoureuse. Mais la présence en tout et partout de Lindon tranche avec l’abjection dans laquelle Lambert s’enfonce. Cette voix de fumeur personnifiée dans des traits d’homme fatigué allait tout de même coller un temps avec le personnage voulu par Alain Monne : on le fera boire de l’alcool maladivement, errer dans les ruelles, se prendre un marron, reprendre la boxe, etc. Mais qu’en est-il de l’homme qui doit suggérer son amour quand celui-ci n’en reste qu’au stade de la diction (difficile). Résultat, on n’y croit guère, on demande à voir, on attend, on se suspend à la force de présence de Sophie Marceau et de la star colombienne Margarita Rosa de Francisco. L’histoire d’un amour impossible sans imaginaire troublant dès lors qu’il manque un homme dans une histoire qui se meurt dans les bras de deux femmes, à petit feu. Mais on n’enlèvera pas la grandeur de Sophie Marceau, qui hisse un film mauvais en une belle histoire de cinéma, aux tons chatoyants d’une Colombie qu’Alain Monne a voulu aussi belle qu’il la connaît…belle. Un vrai cadre de cinéma, un rôle-titre fort, un talent exotique immense (De Francisco) et comme lien entre tout cela un rôle d’homme impossible à identifier par le public masculin.

 



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