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3h10 pour Yuma (James Mangold -mars08)

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Affiche teaser américaine. Lions Gate Films Inc.James Mangold avait réussi à renouer avec les polars des seventies, avec CopLand, il s’immisçait avec brio dans la biographie musicale lors de Walk The line. Voilà qu’il tente un pari risqué ! Faire du western, après des années 1970 qui avaient enterré le genre de par une violence sans échappatoire. Les amoureux du western ne se tromperont pas en allant voir 3H10 pour Yuma. Les cinéphiles noteront des incohérences, mais elles sont assez légères à côté de la profondeur du scénario. Et quel scénario ! Remake du western éponyme de 1957, 3h10 pour Yuma satisfera les Anciens, qui se plairont à revisiter cette histoire fouillée, tirée du roman de Elmore Leonard.

Pitch                                                                                                                               
Affiche américaine. Lions Gate Films Inc.Dan Evans a une famille à nourrir -Christian Bale-. Ancien tireur d’élite dans le 2ème régiment de Colombus, qui protégea le Capitole pendant la guerre de Sécession, il est fermier par conviction. Le devoir de subvenir aux besoins de sa famille, sa femme et ses deux fils dont le cadet –le plus jeune- est tuberculeux depuis l’âge de 2 ans. Le chemin de fer arrive, les propriétaires du rail et leurs hommes de main sabotent son ranch en permanence. Il est endetté, il se retrouve au milieu de cette bande de courageux qui doivent escorter Ben Wade jusqu’à Yuma, à 130 kilomètres là ! Les 200 dollars qu’on lui promet, serviront à rembourser ses dettes, voire à investir. Il veut le bonheur pour ses deux fils. Leur donner un avenir. Ben Wade est un prisonnier redoutable, pisté à distance par sa troupe de tireurs fous. Le train partira le lendemain à 15h10, de Yuma, pour emmener Ben Wade jusqu’à la pendaison. Y arriveront-ils à temps et ensemble ?   Y arriveront-ils seulement ?



Christian Bale et Russell Crowe portent le film. Ils permettent de gommer les incohérences livrées par James Mangold. Il y a des failles assez minimes que James Mangold parvient à combler avec son montage, et que les interprétations de Christian Bale et Russell Crowe font vite oublier. Un bon western est toujours peuplé de grandes gueules. Des gueules de salopards au naturel, des sales gueules, ou tout simplement des acteurs naturellement charismatiques (taille, stature). On trouve des salops certes, mais pour une bonne partie il s’agit plutôt de cow-boys qui ne sont pas propres sur eux. Le physique ne fait pas tout, dans le genre du western. Barbe mal taillée par exemple, ou un parlé plein de brutalité c’est une chose, mais cela reste physique. Le mieux est d’habiter ces personnages non recommandables. Ce qui n’est pas le cas des seconds rôles, qui passent plutôt pour des figurants.
Ben Foster. Lions Gate Films Inc.La vraie faille de James Mangold réside dans la première demi-heure du film. Lorsqu’il s’agit de faire un panorama des crados qui vont peupler cette histoire, en effet, James Mangold reste dans la naïveté. Le charisme des cow-boys, héros par excellence des westerns, ne se résume pas seulement à leur animalité. Un physique crado ou une mentalité restée au stade 0 du respect, ça sert certes, mais c’est le choc entre ces solitaires « professionnels » qui permet de composer des histoires crédibles, à la tension croissante et à l’humanité naissante. Le spectateur ne peut s’identifier qu’à des humains, non à des caricatures de solitaires, marginaux jusqu’au bout de leurs ongles noirs ! Or, James Mangold n’a pas perçu la nécessité d’habiter ses cow-boys, d’une âme de solitaire. Ceux qui en ont une, au départ ou à un moment du film, sont exclusivement ceux qui servent la justice, l’ordre, la moralité, ou ceux qui s’imprègnent de ces hommes, par un contact prolongé. Le charisme ne prend pas ou disparaît chez tous les personnages du film, hormis chez les hommes de loi, les deux premiers rôles et le bras droit de Ben Wade (photo). La moralité exécrable des seconds rôles, ou leur physique soit crado soit animal ne suffisent plus, chez eux, à mettre le spectateur dans la nasse de l’immoralité. Non ! James Mangold en fait trop, et déchire toute pointe de charisme chez la majeure partie de ses interprètes. Pour être clair, le charisme d’un personnage se structure toujours au détriment du charisme d’un autre. Ce qui à force, décrédibilise tout le monde hormis ceux cités plus haut. Le film avance et chacun met en porte-à-faux les autres, quitte à les réduire au stade de figurants. Il s’agit donc seulement de charisme de façade. Le spectateur n’est petit à petit intrigué que par le duo Bale-Crowe. Heureusement, ce duo est valeureux !
La rencontre entre un homme intègre, honnête, droit, juste –Christian Bale-, et un bandit de grand chemin, dévoreur d’espace, parcoureur de grands espaces dans le but de faire du profit –Russell Crowe-, est terriblement séduisante. Leurs rôles interagissent entre eux avec une grande réussite, tandis que leurs interprétations se valent, à un niveau élevé ! Ils sont le poumon du film. Toute la belle mécanique du film se résume à cela !
Christian Bale et Russell Crowe. Lions Gate Films Inc.
Russell Crowe est fait prisonnier, et il joue l’homme rusé, malin, qui de par sa longue expérience corrompt tous ses gardiens les uns après les autres. Dans un pareil scénario mettant au prise deux personnages que la moralité oppose, on se demande toujours lequel va rester debout. Debout physiquement peut être, debout mentalement surtout ! Car c’est toute une histoire d’échange de valeurs entre deux opposants, au beau milieu d’un Grand Ouest truffé d’amoralités : argent, climat aride, autochtones indiens, son meilleur ami qui peut se révéler être son pire ennemi.

C’est cette rencontre entreRussell Crowe, Peter Fonda, Lennie Loftin, Christian Bale et Chad Brummett. Lions Gate Films Inc. deux acteurs phares, entre deux rôles que tout oppose, qui fait da un film qui ne se critique pas. Il se vit !  Chacun devrait y trouver son compte, le considérer comme un bon moment de passé. La violence physique n’est plus au même stade déplorable des westerns du crépuscule du genre –fin des années 70, notamment avec La Horde Sauvage-. La violence morale trouve ici une échappatoire pleinee 3h10 pour Yum d’humanité. James Mangold n’a pas fait le plus dur en reprenant le 3h10 pour Yuma de Delmer Daves, car l’histoire est fouillée et prenante. Elle est emprunte d’une moralité qui demande à éclore, et dont le spectateur attend l’éclosion, bien cramponné à son fauteuil. Là réside le noyau dur de l’intrigue. La justice sans nom perd pied face au devoir de rendre justice, ce qui permet de rejoindre le grand Sergio Leone. Il y a dans ce western de James Mangold la perte du savoir-faire des ténors des années 50 et 60. Mais tout est compensé par un scénario en béton armé, des moyens modernes bluffant, et duo de premiers rôles charismatiques. Faire du western est aujourd’hui un risque, Mangold ose et son film doit perçu comme un défi lancé à ce genre en perdition depuis 30 ans. Toute la réussite de Mangold doit être rapportée à cette difficulté.

Peter Fonda. Lions Gate Films Inc.
Peter Fonda, fils de Henri Fonda, endosse le rôle d'un chasseur de prime, un Pinkerton.

Logan Lerman et Christian Bale. Lions Gate Films Inc.
Christian Bale et Logan Lerman apportent cette poignée d'humanité qui manquait tant aux westerns obscurantistes des années 70. Leur lien père-fils est-il le plus solide de tous. Ils s'unissent aux convoyeurs chargés de dépêcher Ben Wade à Yuma, pour la pendaison. Or, ces convoyeurs viennent de bords bien différents, ce qui fait leur faiblesse : un homme membre du "syndicat du rail", un chasseur de prime, un sherif, etc...




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Be Kind Rewind (Michel Gondry -mars08)

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Pitch un vidéo-club sans cassettes empruntables ? C’est la crise. Deux acolytes veulent éviter ça, et décident de « suéder » les VHS que l’un deux a effacé intégralement lors de sa dernière intrusion dans la boutique. Il est magnétisé suite à une électrocution, et il a bousillé toutes les K7 vidéo d’un coup. Les clients vont-ils apprécier ?
Une belle fable qui part d’une sale histoire : une électrocution puis un improbable effacement des cassettes du vidéo-club. Mais Michel Gondry est là pour donner une grande crédibilité à tout ce qui va suivre. Le génie et la magie Gondry opèrent...
Deux hommes, pas si innocents que cela en apparence, mais dont l’un est fortement déjanté –court-jus oblige-, se lancent dans des reprises de Robocop, Ghosbusters eu autres Rocky. Avec les moyens du bord, ils parviennent à tourner 20 minutes de court-métrage reprenant les gimicks verbaux de héros bien connus du public. Jack Black en robocop, c’est une passoire sur la tête et des crosses de hockey scotchés le long des jambes. Il signera des autographes en disant en mode impératif : « tout ce que vous direz sera retenu contre vous ! ».

Pathétique à souhait, mais tellement drôle. Un peu à la Jim Carrey, Jack Black est bourré de tiques, de mimiques, à ceci près que sa balourdise naturelle l’assied sur le piédestal de ses déchaînements de mimiques, de vocalises et d’humour. Encore qu’il le quittera maintes fois, son piédestal, pour faire tout et n’importe et quoi ! Jack Black est comme un animal sorti de sa cage. Il bouffe parfois la pellicule de Gondry, tandis que les autres acteurs –Danny Glover compris- composent autour de lui. Une matière brute sur laquelle Michel Gondry travaille à merveille. Tout le reste finalement, sauf mon respect à la troupe d’acteurs, c’est Gondry qui le gère.

Un artiste, un génie que Michel Gondry, qui peut faire perdurer le rire provoqué par Jack Black, par des effets d’optique, des cadrages hypnotiques. La mise en scène, flashy parfois, s’accompagne d’une BO au poil près. Et comment ! La musique de Ghostbusters débarque, quand les deux acolytes imitent les Bill Murray et autres chasseurs de fantômes. Un plaisir de cinéphile. Sur le moment j’ai pensé à Vigo.

L’homme peint qui dans le deuxième opus, sentait que son tableau était trop petit pour ses ambitions maléfiques ! Jack Black et son compère s’incrustent en effet, dans une bibliothèque bien comme il faut, et tiennent chacun une tige de métal ornée d’une guirlande rouge ou bleue, en forme sinusoïdale faisant tout de suite penser aux rayons lasers « tueurs de fantômes » que Bill Murray entre autres faisait pétérader à la vue des Viggo et autres « ennemis transparents ». Ils se sont scotchés de l’aluminium partout sur le corps, et ont mis une bouteille de plongée dans le dos.
Le cocktail Gondry-Black fait rire de lui-même. Là est le moteur du film. Comme à son habitude, Gondry donne un fond à son oeuvre. Quoi qu’il est davantage dans la métaphore et la fable urbaine. Un hymne au 7ème Art que ce Be Kind Rewind ?? Oui mais pluriels, divers et variés, alors !!

En matière de cinéma, on est tous plus ou moins des adeptes de l’oncle Sam, parmi les 20-40 ans actuels. Une génération qui, bien avant le débarquement du satellite sur nos côtes et dans nos campagnes –il y a 10 ans-, découvrait les films récents grâce à la VHS uniquement.
Un hymne pluriel au cinéma. Un hommage multiple. En clair, le rapport qu’entretient Gondry avec le cinéma, dans son film, s’apparente à un oignon. La nostalgie de la VHS est une des couches de cet oignon, une facette de son hommage au cinéma. De multiples couches… Nostalgie de la VHS, et hommage à l’universalité –commerciale- du cinéma, c’est une chose. Mais Be Kind rewind parle aussi des petits commerçants des vidéo-clubs familiaux, à l’ancienne. Il démontre aussi la puissance universelle du cinéma, le septième des arts. Be kind rewind c’est finalement deux acolytes qui permettent à un vidéo-club de banlieue d’attirer, et attirer toujours plus de cinéphiles, jusqu’à unir et solidariser tout un quartier.
Gaumont Columbia Tristar FilmsQuelle belle œuvre de Gondry, vue comme cela !! Et puis il y a cette extrapolation de l’approche qu’on a d’un film, ou des acteurs/ices. Quel cinéphile n’a jamais rêvé d’être acteur à son tour ?? La question ne se pose pas. Michel Gondry se permet alors cette petite fable magique, qui voit les locataires de VHS devenir les techniciens voire les acteurs des nouveaux films « suédés » qu’autofinance ce petit vidéo-club de banlieue. Quelle belle image que ce vidéo-club plein à craquer ! Chacun vient découvrir leur œuvre à tous, un moyen-métrage réalisé, tourné et joué ensemble ! Les jeunes emprunteurs de Robocop, qui venaient en bande pour avoir deux K7 louées supplémentaires pour pas un rond de plus, se retrouvent là, eux aussi. Le cinéma a cette force universelle, cette capacité à partager. Michel Gondry fait de l’humain et fait du comique, il métaphorise le cinéma, l’incarne selon divers formes au sein d’habitants d’un même quartier, selon autant de formes qu’il y a de personnes. Le beau jeu est de réunir tout son monde. Opération magnifiquement réussi dans le film. Opération une fois de plus réussie, vu de l’extérieur, pour ce 8ème film de Michel Gondry


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Le nouveau protocole (Thomas Vincent -mars08)

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Thomas Vincent dresse contre un laboratoire pharmaceutique, un bûcheron crédible de naïveté, et finit par plonger pour de bon le spectateur dans un vrai brouillard opaque. Une vengeance légitime ? Un défi réalisable ? Un bûcheron qui délire ?
Clovis Cornillac campe un bûcheron qui vient de perdre son fils –accident de la route-. Il refuse de laisser le doute et la détresse s’emparer de lui, il donne libre cours à la colère. Cette séquence où il tente de couper un arbre à la tronçonneuse est marquante: il devient fou, il semble être au bout du rouleau, il hurle à la mort.
Le scénariste Eric Besnard joue la carte de la malice, et évite les relents de Constant Gardener. Ralph Fiennes voulait savoir pourquoi sa femme avait disparu –Rachel Weisz-. Ce père veut comprendre pourquoi son fils est décédé. Au centre du jeu : les essais cliniques pratiqués sur son fils, et financés par un laboratoire pharmaceutique. Une inconnue lui ouvre les yeux là-dessus  et l’entraîne dans un engrenage (Marie-Josée Croze). C’est eux contre un laboratoire. L’ennemi à abattre est aussi invisible qu’invincible !
Eric Besnard évite l’écueil du thriller américain, poule aux œufs d’or d’Hollywood. Ce thriller ne garde des Américains que son accent macroéconomique (un homme seul face à des puissants). Il se joue bel et bien « à la française », et avec des moyens limités. Un bus dans Paris, une station de nettoyage automobile, et le suspense continue, les héros restent sains et saufs. Le spectateur accroche, car la crédibilité est là.

Un thriller est un mélange d’action/suspense. La musique manque. C’est un premier signal indiquant combien Thomas Vincent oriente son œuvre vers de l’action, au détriment du suspense. Une solution de facilité peut-être, le meilleur moyen, en tout cas, de garder le spectateur en haleine. On regrettera ce mauvais dosage d’adrénaline, et peut-être y verrons-nous une appréhension de Vincent, vis-à-vis d’un genre exigeant –qui nécessite une expérience ou un savoir-faire-. Le Nouveau protocole est un thriller à la française, sans extravagances, sans paillettes ni suspense gratuits, où tout est fait dans les règles de l’art, avec une humble pointe d’artisanat. On a de belles scènes d’action en prime et une mise en scène de la mort terriblement noire. Thomas Vincent n’y va pas de main morte lorsqu’il filme la mort en direct. Il ne représente plus la mort, il fait « vivre » un instant fatidique puis bloque sa caméra sur une froide réalité. Cet homme de main à terre, la figure en sang ; cette femme qui décède sur la banquette arrière et qui contracte son visage de souffrances, cherchant à reprendre son souffle jusqu’à blanchir et se momifier…
Clovis Cornillac est devenu une valeur sûre. C’est un beau cadeau qu’il fait à Thomas Vincent. Les compères de Karnaval –en 2000, césar du meilleur espoir pour Cornillac-, s’associent dans un véritable défi. Un défi contre le thriller américain, celui des hautes sphères politiques et stratégiques. Un défi contre leur budget, car faire du thriller demande des moyens, quoi qu’on en dise.

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American gangster (Ridley Scott - nov07)

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Affiche française. Paramount Pictures FranceQuand on a vu ce film entièrement, on ne peut en sortir que satisfait. Le final offre effectivement un face à face entre deux hommes intègres, que leurs convictions opposent. Ridley Scott n’est pas Francis Ford Coppola ni Sergio Leone.

Pitch
Début des années 1970, New York. Frank Lucas (D.Washington) a vécu pendant vingt ans dans l'ombre du Parrain noir de Harlem, Bumpy Johnson, qui en fait son garde du corps et confident. Lorsque son patron succombe à une crise cardiaque, Lucas assure discrètement la relève et ne tarde pas à révéler son leadership, son sens aigu des affaires et son extrême prudence, en prenant pour auxiliaires ses frères et cousins et en gardant un profil bas. Inconnu de la police comme des hautes instances de la Cosa Nostra, Lucas organise avec la complicité d'officiers basés au Vietnam un véritable pont aérien et importe ainsi par avions entiers des centaines de kilos d'héroïne pure, qu'il revend à bas prix dans les rues de New York.

Tandis que Lucas amasse ainsi, en toute discrétion, une fortune colossale, l'inspecteur Richie Roberts (R.Crowe) du NYPD enquête patiemment sur l'origine et le fonctionnement de ce marché parallèle d'un genre inédit, et finit par soupçonner l'insaisissable Frank Lucas. Une étrange partie de cache-cache commence alors entre ces deux solitaires perfectionnistes dont les destins seront bientôt inextricablement mêlés...

Denzel Washington. Paramount Pictures France
Un beau final et une belle dynamique dans le déroulement de l’intrigue. Mais aussi un foutu premier quart d’heure de déchets ! Il sert à présenter les deux personnages hauts en couleur de
American Gangster. Ils sont présentés à tour de rôle, ce qui donne un avant-goût du duel à distance qui va suivre, entre ce malfrat et ce flic. Le problème est que ce n’est ni assez alléchant, ni utile. Le clin d’œil à Bumpy Johnson est suffisant –le spectateur ne comprendra jamais, par exemple, en quoi sa méthode de commandement de la pègre est discrète et intelligente, une méthode qu’on retrouve chez Franck Lucas, l’élu de Johnson-.
Ridley Scott est un grand cinéaste de la mise en scène vitaminée et du montage clippé. Denzel Washington. Paramount Pictures FranceSon frère Tony Scott en a fait l’essence de ses propres films, sinon rien –True Romance, Domino…-. Ridley Scott a toujours visé plus haut dans la difficulté de concilier détente, plaisir et intelligence de cinéma, voire plus loin dans le temps pour ce qui est de ses scénarios. Mais demander à Ridley Scott d’introduire en fil rouge du film, les passés respectifs de Roberts et Lucas, serait trop lui demander. Ridley Scott n’est pas Sergio Leone –Il était une fois en Amérique-, ni Francis Ford Coppola. Pour créer une dynamique, Ridley Scott clipe, monte pour atténuer un certain manque de lecture ou de présentation du scénario. Il ne sait toujours pas jouer de sa caméra pour faire corps avec ses personnages. On ressent dans American Gangster une distance entre nous spectateurs et les personnages.


Entre polar et chronique sociale

Deux lectures dans ce film : thriller/polar et chronique sociale de la fin des sixties. Le premier quart d’heure, qui représente un déchet dans sa manière de présenter superficiellement chacun des deux grands hommes de l’histoire : le malfrat et le policier. C’est le point de départ d’un thriller, croit-on, voire d’un polar. Ridley Scott place une surenchère à l’heure un quart de film, avec ce policier de l’escouade spéciale –un fédéral- qui débarque au nez du malfrat. Dans l’ensemble on comprend que ce côté thriller/polar n’était pas ce que recherchait Ridley Scott. Ridley Scott tord le cou à cette issue de scénario classique : le flic contre le mafioso. Car plus qu’un devoir de justice, c’est un milieu social, et leur parcours personnel qui les séparent !

Le réalisateur britannique a eu une ambition plus haute que de mener un polar/thriller à tambour battant. Il vise la chronique sociale de ces années Vietnam, Nixon, Watergate. Il présente Franck Lucas comme l’un des noirs qui avaient les moyens et l’intelligence d’en finir avec la ségrégation raciale, au côté des grands de son temps : Martin Luther King et Malcolm X notamment.
Ridley Scott offre un spectacle prenant. Plusieurs genres : thriller, polar, chronique. De quoi ravir un public divers et variés. Il peut remercier son illustre scénariste, Steven Zaillian (photo), scénariste du bouleversant (1991, avec Robert de Niro), L’EveilLa Liste de Schindler, La Chute du faucon noir, Gangs of New York et autres L’Interpète (Sydney Pollack). Zaillian a orienté American gangster vers la chronique sociale, avec tout le talent qu’on lui reconnaît. Notamment celui de faire du cadre réel et du contexte historique lourd, les éléments venant nourrir les deux personnages principaux –leur intégrité-. Ridley Scott n’a cependant pas appréhendé le rythme qu’il faut insuffler à un tel scénario. Il est capable de faire des tartines sur de l’inutile, tout en enchaînant plusieurs séquences qui auraient valu de l’or si elles avaient été scindées et disséminées tout au long du film. Une affaire de mauvais tempo. La valeur même du scénario aurait été décuplée si Ridley Scott avait su mettre en fil rouge le passé, le passif de chacun des deux personnages principaux.

Jeu d’acteurs
Denzel Washington :):):):(
Russell Crowe :):):(:(



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There will be blood (Paul Thomas Anderson -fév08)

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Un rôle difficile à jouer. Oscar de meilleur acteur entièrement mérité pour Daniel Day Lewis ! There will be blood parle de ces valeurs morales qui ont lancé les Etats-Unis dans une ouverture égoïste, intransigeante et purement capitalistique sur le monde, lors de ce fameux tournant du XIXè-XXè siècle.

 

 

Pitch                       Affiche américaine. Miramax Films

1898, dans le grand ouest américain. Daniel Plainview est de ces aventuriers modernes qui comme ceux qui cherchaient obstinément de l’or, travaille d’arrache-pied à trouver le nouvel or de son temps : le pétrole. Seul, bien seul, il creuse et creuse jusqu’à trouver un premier puits exploitable. Il embauche quelques associés. Il en perd un, et doit recueillir son enfant, H.W. N’ayant que ce petit, il le voit grandir à mesure qu’il étend sa domination mercantile, son petit empire. Lorsqu’il entend parler d'une petite ville de Californie où l'on dit qu'un océan de pétrole coulerait littéralement du sol, il décide d'aller tenter sa chance et part avec son fils à Little Boston. Dans cet endroit où la terre salinise les cultures jusqu’à la mort, et où le roc est Roi, l'unique distraction est l'église animée par le jeune prêtre Eli Sunday. Plainview et son fils voient le sort leur sourire. Les terres sont achetées pour y forer plusieurs puits. Même si le pétrole comble leurs attentes et fait leur fortune, plus rien ne sera comme avant : les tensions s'intensifient, les conflits éclatent et les valeurs humaines comme l'amour, l'espoir, le sens de la communauté, les croyances, l'ambition et même les liens entre père et fils sont mis en péril par la corruption, la trahison... Et le pétrole.

 

 

 


« Ça va saigner ». Voilà comment on pourrait traduire There will be blood. La violence du film n'est pas seulement visuelle, elle est plurielle. Cet enfant abandonné. Ce ‘‘frère’’ assassiné. Mais aussi ce jeune prêtre humilié dans la boue. Ce n’est plus une question de violence des mots ou physique, c'’est l’'affaire d'’une violence morale continuelle.
Daniel Plainview commence seul à forer un premier puits de pétrole. Il en tire l’argent nécessaire pour s'’armer de collaborateurs. Il recherche des puits jusqu'’en Californie. Le jeune Eli Sunday lui ouvre les portes de son eldorado. Les fermes alentours sont expropriées, les fermiers, leurs femmes et enfants sont désoeuvrés face à cet étranger. Un intrus parmi eux, qui de son argent permet un bonheur immédiat, mais fuyant. Les plus cultivés (Eli Sunday), les plus expérimentés sont là pour lui rappeler combien il a des devoirs autant que des droits, désormais.
Daniel Day-Lewis. Miramax FilmsThere will be blood est une fresque assez réussie sur ces années de transition entre la découverte du pétrole et sa transformation en économie libérale. Parmi les premiers acteurs de ce changement, Daniel Plainview. On n'’est plus au temps des chercheurs d'’or, tous les phénomènes dépassent ces chercheurs. On constate l'’émergence du pétrodollar, avec toutes les complexités existentielles que cela impose à Daniel Plainview. Il a commencé seul, il s’'est battu seul, il a creusé seul. Le voilà riche de son nouveau pétrole ! Avant qu'’il n'’imprime sa richesse dans la pierre, avec un mauvais goût prononcé, il faut le dire, il court et courra après des puits de pétrole, sans profiter de sa vie sur un plan personnel et humain. Plus il avance plus il laisse de monde sur le bord de son chemin. Daniel Day Lewis joue un homme qui se déshumanise, se désocialise à mesure qu'’il a affaire à de plus en plus de monde. Il refuse de se considérer comme quelqu’'un qui leur apporte quelque chose. Et il en souffre. Daniel Day Lewis joue un boulimique du travail, qui de par la sueur qui a coulé sur son front, estime n'’avoir de compte à rendre à personne. C’'est une autre souffrance. Il s'’emmure, il s'’enferme dans une réussite artificielle, il ne vit que pour travailler, il ne travaille que pour l’'argent. Un passionné ! Plus encore, un illuminé de cette époque. 1898-1929, l’époque de la réussite rapide, qui rend fâcheusement fou. La richesse ne convient pas à grand monde, finalement. Quand on n'’a rien, et que d’'un seul coup, on a tout, il y a de quoi ne plus se connaître. Paul Thomas Anderson a justement décidé d'’axer son film là dessus : le portrait d'’un travailleur de la terre, moderne.
Un seul de ses puits de pétrole lui permet d'’exproprier des centaines d'’hectares de terre. Le cultivateur de maïs neDillon Freasier et Daniel Day-Lewis. Miramax Films vaut rien à côté de lui.

There will be blood est effectivement un magistral portrait d’'homme. La grande réussite du film, totale, est là. Daniel Day Lewis avait le talent pour endosser ce rôle. Il porte le film, il incarne le film à la perfection. Tout tourne autour de lui. Il est omniprésent, omniscient. Il mérite son oscar. There will be blood est très bon, en définitive, bien plus par la qualité de ce portrait d’'homme, que pour son côté fresque.
La fresque reste trop en surface de plusieurs phénomènes historiques propres aux Etats-Unis : le pré-capitalisme, l’'émergence des pétrodollars, la réussite rapide des pétroliers, le passage des premiers forages à une économie libérale du pétrole, le rôle de ces pétroliers dans le krach de 1929, etc. Mais ce portrait d'’homme est une merveille, desservie admirablement par la caméra de
Paul Thomas Anderson, qui joue avec les éléments naturels -monts, ciel obscurs et plaines-, et les effets d’'optique –-ce champs de vision cisaillé par une rangée de poteaux-. On se demande quel homme joue Daniel Day Lewis, tellement celui-ci se cache derrière sa moustache et ses yeux perçants. Son talent lui permet d'’interpréter le refoulement, la souffrance morale, la douleur physique, l’'avarice, l’'égocentricité, le narcissisme, la perte d'’identité, la passion du travail, l’'orgueil, la honte, la jalousie. Son personnage Daniel Plainview, aventurier des temps modernes, est un mélange obscur entre tout cela. Ce sont des défauts. Mais parmi ces défauts se trouvent justement des qualités aux yeux des Américains. Des valeurs qui ont lancé les Etats-Unis dans une ouverture égoïste, intransigeante et purement capitalistique sur le monde. Un autre débat…

 

 

 

Jeu d'acteurs

Daniel Day Lewis :):):):)

 

 

 

 

 

 

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Mon Führer (Dani Levy -mars08)

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L’acteur Ulrich Mühe est décédé le 22 juillet 2007. Mon Führer est son tout dernier rôle.

Pitch : 1944-1945 : Adolf Hitler va mal, très mal. Il est déprimé et profondément vexé par cette guerre contre les Alliés, qui est quasiment perdue. Le ministre de la propagande Joseph Goebbels tente alors désespérément de le remettre sur pied afin de lui faire tenir un grand discours à Berlin, "comme au bon vieux temps". Mais pour cela, Hitler a besoin d'un coach pour le motiver. Goebbels se souvient alors de Grünbaum, un professeur de théâtre juif. Ce dernier, emprisonné dans le camp de concentration de Sachsenhausen, se voit immédiatement libéré pour refaire d'Hitler un véritable dictateur. Au programme de sa remise "en forme" : des exercices de respiration ou quelques astuces psychologiques pour faire taire sa mauvaise conscience...

On est mal à l’aise, on sourit, on se fait re-briser le cou encore. Parfois insupportable que ce film, où l’humour dégoûte lorsqu’il est noir. Il est clair que si vous voulez une comédie joyeuse et efficace, passez votre chemin. Il reste peut-être deux catégories de joyeux satisfaits : les historiens et les cinéphiles.
Le réalisateur Dani Levy fait vraiment plaisir à voir lorsqu’il utilise certains stéréotypes propres aux nazis. Des poncifs rattachés aux nazis par les plus romanciers des biographes de Hitler : à savoir la frustration sexuelle voire l’homosexualité de certains dignitaires nazis, dont le Volkischer Beobachter, journal officiel de désinformation nazi, tenu par Goebbels, en faisait parfois la clé de voûte de ses chroniques politique –l’homosexualité était notamment utilisée par les services nazis pour mettre hors de la scène politique un dignitaire trop ambitieux, trop gourmand-. On surprend lors d’une scène, un jeune homme quitter nu le lit d’un officier nazi, pour s’enfuir par la fenêtre avant que la porte ne s’ouvre –une urgence en pleine nuit, une commande d’Hitler-.
Le fameux cas d’école que l’oralité hitlérienne, le vrai moyen de commandement utilisé par Hitler auprès de son cercle de dévoués –Goebbels, Himmler, Speer, etc-. Hitler est à table à 2 heures du matin, il engloutit de la purée. Lorsque son officier vînt le trouver pour lui dire qu’aucune voiture n’était disponible, Hitler se mit à gueuler. Une version ‘‘gueule de bois’’ de ‘‘La Chute’’, mais une vérité clairement démontrée par les plus grands historiens –Ian Kershaw, Bracher, Neumann, etc-. Hitler était un fou furieux quand une broutille venait mettre à bas ses plans les plus mégalomaniaques. La version humoristique, dans ‘‘Mon Fuhrer’’, est la suivante : il crache de la purée sur la table, en gueulant, de la purée projetée jusqu’à plus d’un mètre devant lui.

Il y a cet ordre de stopper l’envoi de l’artiste juif dans le camp de Sachsenhausen. Hitler gueule et gueule sur Goebbels. Et sur place, les voitures se croisent. L’officier chargé d’emmener l’artiste au camp fait face et tient tête aux quatre soldats mandatés par Hitler lui-même. Ils ne se comprennent pas et manquent de se tirer dessus pour un ordre qui vient de changer en cours de route –si je puis dire-. Une histoire de formulaire Q12 à fournir et remplir, pour valider le nouvel ordre, et ce fameux formulaire qu’ils n’ont pas sur eux. Et voici que Dani Lévy ironise sur la mécanique nazie, déréglée dès lors qu’on sort du cercle des dignitaires d’Hitler –Ian Kershaw le montre bien dans sa très reconnue biographie de Hitler, en deux volumes-.
Hitler est le noyau dur, tout l’humour tourne autour de lui. Il est très vite humilié, comme lors de cette scène où son préparateur physique lui demande de se mettre à quatre pattes pour faire le chien qui jappe. Son chien, Blondy, en profite pour lui monter dessus, par derrière. Le personnage d’Hitler est parfois ridiculisé, donc, et c’est assez atypique, donc sourire. Il ne peut plus honorer sa femme, Eva Braun, on s’en rend compte lors d’une nuit aussi courte que molle.
La grande réussite de Dani Lévy est d’avoir fait des Himmler, Speer, Hitler et Goebbels des personnages de série B, et de les monter les uns contre les autres, façon guignol –la tradition lyonnaise, pas l’émission-. Les intellos se montrent petit à petit naïfs –Goebbels-, Himmler est pathétique avec son déguisement et reste peu présent. Hitler se montre faussement humain mais aussi vraiment humain, parfois. Ce qui permet à son entraîneur juif de pouvoir rester près de lui, nourri, logé, blanchi, contre l’avis des Goebbels, Himmler, Speer. Le regretté Ulrich Mühe joue le rôle de cet artiste juif mondialement connu, qui aide Hitler à être prêt pour dans cinq jours -un discours devant les foules-. Hitler voit en lui une aide précieuse, pendant qu’il est la risée du QG berlinois des nazis. Cet artiste en profite alors pour retourner le régime dans son sens : il demande que sa famille soit délivrée du camp de Sachsenhausen, puis que tout Sachsenhausen soit évacué, avec une attitude ferme. Himmler est pathétique avec son bras bousillé, de retour du front. Plus besoin de lever le bras, pour faire le salut hitlérien, il est déjà attaché et fixé en l’air. Goebbels passe pour l’intello de service, qui prend Hitler pour un con. Speer fait des crises de jalousie parfois, en accourant dans le bureau d’Hitler. Ce professeur juif lui déplaît –Speer était le principal confident d’Hitler-.
Dans l’ensemble, c’est à voir dans une ambiance au préalable heureuse, sinon le cocktail burlesque-ironie-humour noir ne prend pas. On saute beaucoup trop du pathétique au grave, en passant par le satirique. C’est un mélange qui aurait été savoureux si le réalisateur avait canalisé ses envies. Même si le coup du Hitler invité par le couple juif, dormir au milieu d’eux sur le lit, est un bon miroir du genre du film : inclassable comédie, chronique burlesque parfois dramatique.


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