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Désengagement (Amos Gitaï -avr08)

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Amos Gitaï est décidément le meilleur cinéaste israélien actuel ! Il fait là l’antithèse de son Freezone. Avec la même dialectique de la violence/non violence qu’on lui connaît et avec ce côté chronique complexe, mêlant en Israël et Palestine l’ethnique, le religieux et le politique. Le conflit israélo-palestinien est le théâtre des grands films d’Amis Gitaï. Natalie Portman apportait la touche de témoignage innocent dans "Freezone", Juliette Binoche se charge du même poids dans son rôle, un rôle d’électron libre impuissant, servant à cristalliser les dérives du conflit israélo-palestinien.

Amos Gitaï. Ad VitamIl y a des points communs entre les chroniques israélienne de Amos Gitaï : le checkpoint ; l’étrangère plongée dans une absurdité de l’existence voire dans un refoulement de la vie ; le pouvoir de juger (laissé au spectateur). Freezone faisait des checkpoints des limites à l’échange et au dialogue entre Israéliens et Arabes, voilà que "Désengagement" une immoralité totale. Une femme tente de passer pour retrouver une sœur vivant dans une colonie israélienne (implantée dans le Neguev). Elle est humiliée comme une vulgaire chaussette, et il faut qu’elle fonde en larmes pour que les soldats se convainquent de la laisser passer. Les checkpoints sont tenus par des soldats israéliens, et servent de tampons où l’on passe en voiture au compte-goutte lorsqu’on a ses papiers, une accréditation officielle ou un très bon mobile. Ils sont censés contrôler les flux et reflux entre la bande de Gaza et les zones militarisées israéliennes implantées artificiellement sur la bande de Gaza, ce qui est le cas du checkpoint du film, qui contrôle l’entrée d’une colonie israélienne située sur le territoire arabe du Neguev. Il y a bien évidemment d’autres checkpoints qui jalonnent la limite entre Gaza et Israël, jouant en quelque sorte le rôle de police des frontières. Amos Gitaï fixera sa caméra sur le désarroi de Juliette Binoche, bafouée, secouée et choquée dans son occidentalité. Elle est innocente de toute cette violence morale et physique dont elle commence à être témoin, mais elle va tout prendre dans la figure, dans les tripes. Solide comme un roc, elle prend sur elle, sensible comme une femme, elle va craquer. L’impuissance d’une femme, belle d’amour, insoumise devant l’amoralité, bouleversée par la fébrilité du sentiment humain que délaisse tels des décombres ce brassage ethno-religieux qui ne prend décidément pas, là-bas.

Elle croyait être désenchantée de sa vie, voilà qu’on vit plus mal qu’elle, là-bas, terriblement plus mal. Un monde qu’une femme occidentale ne peut supporter. Tant de malheurs, tant d’hermétisme au dialogue, tant de fantômes de femmes, d’hommes et d’enfants, là-bas. Les policiers agissent sur commande, et ne peuvent s’autoriser à penser si ce qu’il font est légitime ou pas. Des enfants s’amusent avec rien, ils peignent un arbre en bleu, avec les mains, et sont emballés par ce qu’ils font. Une jeune femme vit de son salaire d’arroseuse. Elle entretient la serre du voisin. De l’autre côté du grillage, des Arabes en appellent au Coran pour que les colons juifs quittent leur terre. Plus loin, au sein de la colonie, un temple se fait évacuer de ses adeptes par la police. Les mêmes policiers qui surveillent les checkpoints. L’ordre est donné, il faut évacuer les colonies juives du Neguev. L’ordre est politique, édicté en haut, et appliqué en bas comme on peut. La non-violence, l’appel à Dieu sont les remparts utilisés par les colons juifs pour tenter de convaincre les policiers (qui sont des concitoyens) de cesser d’appliquer des ordres qu’ils trouvent inhumains.

Amos Gitaï filme alors l’absurdité de la situation : le déchirement de plusieurs vies bâties ici dans une colonie, l’abandon de soi, le dépouillement de tous les souvenirs d’enfance (maison, jardin), la destruction ensuite de ces biens par les pelleteuses. Pour que les Arabes à qui on rend ces territoires, ne puissent jamais jouir de ces biens ? Amos Gitaï filme l’absurdité, et livre un film rare, car parlant des sentiments essentiels et des besoins vitaux de l’Homme en ne les montrant que lors de leur fin, leur destruction, leur crépuscule.

Un film parfois bouleversant, qui monte en puissance dans sa dramatisation, même si la première demi-heure reste au stade de l’anonymat cinématographique (déchet), hormis la toute première séquence de la rencontre dans le train. Juliette Binoche porte le film, avec sa nonchalance désinvolte puis sa détresse, tandis que ??, qui campe son frère policier en charge d’évacuer la colonie juive du Neguev, complète la très noble thématique entretenue par le rôle de Binoche : la fameuse dialectique violence / non violence de Amos Gitaï.




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Bienvenue chez les Ch'tis (Dany Boon -fév08)

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Qui de mieux que Dany Boon pour oser parler des Nordistes tel qu’il le fait ? Entre poncifs datant des années 70-80, et cette belle humanité, les Nordistes sont dans l’ensemble montrés comme très attachants. Dans le Nord, certains craignent que le reste de la France les prennent pour ce qu’ils ne sont pas, ou plus. Je mène une année d’étude dans cette région, et je suis du grand ouest, peut être puis-je tenter de mettre tout le monde d’accord…

Pitch ========>

Philippe Abrams (Kad Merad) est directeur de la poste de Salon-de-Provence. Il est marié à Julie (Zoé Félix), dont le caractère dépressif lui rend la vie impossible. Pour lui faire plaisir, Philippe fraude afin d'obtenir une mutation sur la Côte d'Azur. Mais il est démasqué: il sera muté à Bergues, petite ville du Nord. Pour les Abrams, sudistes pleins de préjugés, le Nord c'est l'horreur, une région glacée, peuplée d'êtres rustres, éructant un langage incompréhensible, le "cheutimi". Philippe ira seul. A sa grande surprise, il découvre un endroit charmant, une équipe chaleureuse, des gens accueillants, et se fait un ami : Antoine (Dany Boon), le facteur et le carillonneur du village, à la mère possessive (Line Renaud) et aux amours contrariées. Quand Philippe revient à Salon, Julie (Anne Marivin) refuse de croire qu'il se plait dans le Nord. Elle pense même qu'il lui ment pour la ménager. Pour la satisfaire et se simplifier la vie, Philippe lui fait croire qu'en effet, il vit un enfer à Bergues. Dès lors, sa vie s'enfonce dans un mensonge confortable...

 

Le comique Dany Boon, natif d'Armentières, mène le spectateur parfois un peu comme il le ferait lors de ses one man shows. Il y a des airs de one man shows dans quelques séquences où le rire est communicatif entre spectateurs et où la sauce monte : on pensera à cette mémorable séquence de la tournée du facteur. Kad Merad et Dany Boon. Pathé DistributionElle mêle le poncif aux extravagances. Le facteur qui est en danger permanent dès lors qu’il frappe à la porte, parce que les nordistes sont tellement accueillants qu’ils tentent souvent de payer à boire à leur cher postier. C’est sympa comme tout, ça participe à une certaine réalité : la chaleur humaine des nordistes, mais c’est très extravagant : le facteur Dany Boon finit cuité, de même que son directeur général, Kad Merad, qui était venu justement prohiber toute goutte d’alcool. Les deux finissent en beauté cette séquence, notamment par une course à vélo, la course poursuite avec la police, et le concours de celui qui pisse le plus longtemps, que Dany Boon et Kad Merad ont tournés en « cadre réel » : ils avaient bu avant cette scénette, et cela finit d’enflammer les rires dans la salle obscure. Dany Boon avouera qu’il s’était mis à rire pour de bon devant la caméra car Kad Merad traînait à la tâche, alors qu’il était prévu qu’ils finissent de pisser plus ou moins ensemble.


Dany Boon sait combien son film ne pouvait trahir les Nordistes. Ce ciel gris, cette baraque à frites, ces mineurs de fond, cet attrait pour l’alcool, cet accent et ce langage, ce maternalisme étouffant. Oui et alors ? Tout cela sert le fond du film : ce sont des facteurs de la bonne atmosphère du film. Dany Boon veut faire transparaître une belle tranche de vie. Pour cela il utilise des réalités, parmi lesquelles il choisit surtout des stéréotypes. Avec des stéréotypes, le risque est de heurter les Nordistes certes, mais il permet surtout de communiquer le rire et la fraîcheur à la France entière. Les mineurs de fond, c’est fini depuis 1990, lorsque la dernière mine de charbon ferma dans le Nord-Pas de Calais, mais ce n’est pas une raison pour ne pas en parler. Dany Boon et Kad Merad. Pathé DistributionDany Boon fait un clin d’œil à cette terre chargée en histoire industrielle. La cité minière de Bergues, comme théâtre de cette manigance censée faire fuir la femme de Kad Merad pour de bon ? Une réalité vieille des années 70 et 80, que Dany Boon tourne en stéréotypes, afin de procurer un réel plaisir de spectateur. Pour susciter le rire il faut une réalité tournée en extravagance, afin de surprendre. Cette femme qui monte un tas de moule presque aussi haut qu’elle, sur le pas de sa porte. Les amis du facteur qui se déguisent en tsiganes, ces hommes éméchés qui se battent dans la rue, et ces deux mineurs de fond qui sillonnent la rue, avec lampe à casque, visage noirci, pioche à la main. C’est osé, c’est grandiloquent, mais c’est bougrement efficace ! Autre séquence phare du film, avec celle de la tournée (de comptoir) du facteur. C’est ô combien exagéré, c’est irréel, mais quel plaisir pour un spectateur qui n’est pas du Nord. C’est de la caricature, c’est de l’extravagance, mais Dieu que c’est vrai que les Nordistes sont accueillants !


De toute façon, tout est prétexte à rire. Alors Dany Boon a mis les petits plats dans les grands. Zoé Félix campe une épouse ô combien lourde de mièvrerie, de cocooning, j’en passe et des meilleurs. De même, Dany Boon campe une caricature de postier nordiste, ainsi que ses collègues. On a ces briques rouges, ce beffroi et le musicien de ses carillons, qui participent à une belle photographie du paysage nordiste urbain. Car s’il y a une région de France qui ait gardé son authenticité, c’est bien le Nord-Pas de Calais. Un vrai plaisir de contemplateur, pour tout spectateur qui se respecte, pour tout amoureux des terres vivant en harmonie avec leur histire !

La bande d’acteurs est magnifique de complicité. Quelque chose que j’avais perçu dans Little Miss Sunshine. C’est ça la vraie force d’une grande comédie, la complicité, l’entente, la complémentarité. Dany Boon a fait un bon travail, devant et derrière la caméra, et en amont dans le scénario et le casting.


Bienvenue chez les Ch’tis connaît un succès qui me dépasse, il faut le dire. Je crois que c’est cette ambiance de détente, de plaisir, qu’il faut apprécier dans ce film. Et que ce côté « carte postale fête, mine, brique rouge, frites », a permis au film de connaître un succès au-delà du Nord, bien que les Nordistes soient légitimement en droit de s’interroger sur l’image qu’ils dégagent dans le film. Un succès dépassant tous les pronostics, qui mit au placard Astérix, qui lance Dany Boon sur les rails d’un genre cinématographique bien difficile à maîtriser : la comédie sociale. J’ai l’air d’un ringard en vous disant d’aller le voir, car vous faites sûrement partie du quart des Français qui l’ont vu. Il faut y aller sans hésiter, la force du film n’est pas ses propos, ses caricatures, ses extravagances, mais l’effet qu’il procure : la détente, le plaisir, le rire !



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Mongol (Sergeï Bodrov -avr08)

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Mongol est l’ascension du grand Gengis Khân, le seul homme qui n’ai jamais réussi, de tous temps, à faire trembler la grande Chine impériale. Le passionné d’histoire ne peut qu’apprécier cette fresque, cette épopée solitaire d’un petit homme courageux devenu le plus grand des Mongols. Un film magnifique de cruauté, de mœurs rudes et d’effort personnels au milieu d’un monde terriblement hostile. Les steppes désertiques, venteuses, rocailleuses et arides de Mongolie, un sol qui n’autorise que le nomadisme, l’usage des armes et le courage comme ultime survie.


Pitch                                            
On est au XIIè siècle, dans les steppes de Mongolie. Le jeune Temudjin voit son père assassiné (futur Gengis Khân, campé par Tadanobu Asano), et est menacé de mort par le nouveau Khân de la tribu voisine. Il a trop parlé, ce Khân lui veut la mort, et la lui réservera lorsque la coutume le lui autorisera, c'est-à-dire lorsque ce jeune sera devenu grand. Pourchassé, capturé, Temudjin se libérera avec malice et force morale. Il devra se replier de toute vie de groupe pour rester discret et permettre à sa mère de rester saine et sauve. Il apprendra à dormir sous la foudre, sous la pluie torrentielle. Jusqu’à ce que l’éducation qu’il s’était donné pour lui-même, avec rigueur, il la donne à ceux qu’il croise. Il en fera des guerriers pleins de moralité, qui n’auront ni foi ni autre loi que lui, leur chef de clan. Il leur transmettra certaines vertus vis-à-vis des femmes et des enfants. Il décidera de se venger face à la tribu qui l’opprima étant jeune. Son éducation et son sens du devoir feront le reste. Avant que tous les Mongols ne comprennent ce qu’il peut représenter pour eux tous, il leur montrera qu’il est possible de braver la foudre !
Mongol mérite un grand respect ! Sergeï Bodrov atténue ses lacunes scénaristiques par le sensationnel de son personnage principal : Gengis Khan, le guerrier et empereur qui unifia les tribus mongoles autour de son charisme, qui leur donna les mêmes lois pour tous, et qui sema jusqu’aux portes de Chine et d’Europe un ouragan de terreur, en parcourant plus de kilomètres qu’aucun autre conquérant ne l’avait fait, et ne l’aura fait depuis. Mongol ne relatera pas ces moments de conquête effrénée, ces poussées sanguinaires vers l’Ouest, vers l’Est. Ce film décide de traiter de l’enfance d’un chef, d’un futur grand chef, et de le suivre jusqu’à ce qu’il unisse toutes les peuplades mongoles, disséminées aux quatre coins du désert de Gobi, des plateaux fortement venteux et de la steppe aride et salée. Le propos est de montrer Gengis Khân jusqu’à l’âge où il a embrassé toutes les forces humaines vivant en Mongolie. Le temps des conquêtes mondiales fera peut être l’objet d’un prochain opus. On l’espère !!
Un rêve de petit garçon que de voir un enfant au père assassiné, devenir le chef de près de 200 000 guerriers. Un rêve d’historien que de voir cet homme donner aux siens des lois que seul un homme ayant un siècle d’avance aurait osé imposer pour tous. Terre ravagée, sol hostile, la Mongolie est un monde d’hommes, où l’on doit se solidariser avec des guerriers et gardes du corps, qu’il faut contenter en butin. Un butin qui nécessite des pillages, une fuite en avant perpétuel. On pille la tribu voisine de ses chevaux, de ses femmes, de ses armes, de ses vêtements et tentes, pour devenir plus fort et s’assurer de survivre en cas de défense face à d’autres tribus elles aussi tenues par un Khân. Parmi ces Khâns, ces chefs de clans, un homme va s’élever au-dessus de tout. Il va unifier tout le monde grâce à son charisme. Il donne à ses guerriers la plus grosse part des butins qu’il amasse. Il ordonne et fait respecter la coutume de ne jamais frapper, violer ou tuer les femmes et les enfants.

Un grand homme, noble d’esprit, qui justement avait quelque chose comme un siècle d’avance sur les mentalités de son temps.

Il va surprendre par ses victoires militaires. Ses stratégies militaires permettant l’économie du sang des hommes, ces derniers le servent encore et toujours, trouvant en ce chef quelqu’un qui les respecte enfin comme les moteurs d’un empire en marche, une force gigantesque en mouvement, en croissance. Un empire est en train de naître, et la rugosité de la vie mongole fera que cet empire aura tout appris en s’unissant, et que rien ne sera plus jamais capable de le faire vaciller. Des pilleurs, les chevaux les plus rapides au monde, les cavaliers archers les plus habiles et véloces que la terre n’ait jamais porté, un chef grand stratège. L’empire mongol allait faire trembler le monde connu, le temps de la vie d’un homme unique et irremplaçable : Gengis Khân, dont la mort sera celle de cette grande épopée de conquêtes, inégalée depuis. Ses fils se déchireront mutuellement. Seul le charisme du père pouvait faire quelque chose. Sa mort le mythifiait pour longtemps comme celui qui en l’espace d’un demi-siècle avait bâti la plus grande force militaire que le monde n’ait jamais connu. Le maître de la plus grande décharge de cavalerie au monde, des chevaux qui allient la vitesse à l’endurance.

L’émerveillement prend très vite, dans ce film. La beauté du monde sauvage. Ces plaines au coucher du soleil, cette eau qui tombe une fois pour toute, pour ne plus revenir avant longtemps. Ces rocs et ces sables à perte de vue dont la seule vie est celle de leur mouvement provoqué par le souffle du vent. Cette terre incultivable parce que plus forte que l’Homme ! Au milieu de cet enfer, des hommes et des femmes costumés comme rarement, survivent et accrochent le regard du spectateur. La beauté singulière des femmes, leurs yeux perçants, leur rudesse ! Ces chevaux, éternels tenants de la nature apprivoisée par l’homme, si trapus, si véloces ! Ces torches de flamme jetées contre les tentes, dont la rougeur se mêle à un jaune vif aux contours sauvages et irréguliers. Ces batailles rangées ont personne ne connaît encore la poudre, mais fait parler l’acier jusqu’à la mort du dernier adversaire. Et derrière, toujours derrière, ces caravanes emplies de femmes et enfants, qui attendent que leurs maris reviennent du front, ou jamais !
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La colonne vertébrale du film est ce personnage principal, Tadanobu Asano, acteur japonais qui campe Gengis Khân. Ce n’est pas une question d’interprétation mais de posture, de comportement devant la caméra. Car chez tous les personnages, les paroles sont lapidaires. La Mongolie d’alors est un monde de solitaires, où l’on croit percevoir des animaux, alors que ce sont des hommes, des femmes et des enfants qui s’entretuent pour survivre. Leur monde, leur territoire est un enfer. Nulle survie pour celui qui n’est ni robuste, ni valeureux ni audacieux. La bestialité de certains comportements, de certains propos sont donc à remettre dans ce contexte : nous sommes au XIIè siècle, sur un sol terriblement ingrat qui fabrique des créatures du monde sauvage au détriment d’hommes aussi civilisés que dans la France du Moyen-Age. Tout simplement parce que pour qu’il y ait homme civilisé, il faut littéralement qu’il y ait « la vie en cité ». Point de cités, point de villes en Mongolie. C’est le nomadisme !
Mongol envoûte les sens, car il a ce double atout de croiser la singularité exemplaire et charismatique d’un seul homme, Ghengis Khân, avec l’universalité des besoins primaires de l’Homme. Ici, on y est confronté, car personne aujourd’hui, dans notre monde illusoire et confortable d’occident, ne serait capable de vivre pareillement. Mongol s’apprivoise comme un film magnifique de cruauté, dès lors que l’ont fait l’effort de se dépouiller de toute la routine de sa vie. Mais c’est ça aussi le cinéma, même si Mongol est un film rare…

Kulan Chuluun, campe la femme de Gengis Khân. Un visage qu'on n'oublie pas !


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Un Coeur simple (Marion Laine -mars08)

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A l’instar de Flaubert, Marion Laine montre toute la richesse intérieure et morale des femmes devant les défis qu’elles endurent et contre lesquels elles résistent avec toute la férocité de l’âme, des tripes et du cœur ! Après trois courts-métrages, dont deux portraits de femme, Marion Laine reprend la cinquantaine de pages écrites par Gustave Flaubert, et publiées au sein du recueil Les Trois Contes, en 1876. Encore Un portrait de femme ! Qui mieux que Sandrine Bonnaire, héroïne phare de A Nos amours (Maurice Pialat), pour interpréter cette bonne qui n’a rien, et qui ne cherche rien d’autre qu’à exister ? On va justement en parler…

Pitch                                                                               
Dans la première moitié du XIXè siècle, à Yvetot, en Haute-Normandie, dans le Pays Cauchois plus exactement, Félicité (S.Bonnaire) accourt au domicile fortuné de Mme Aubain (Marina Foïs), une longère de pierre, entouré de plusieurs hectares d’herbages –des prés servant à nourrir des bovins, qui créent du foin l’été venu-. Son homme vient de la quitter, elle n’a plus rien pour survivre. Elle aura à s’occuper des deux enfants de la maîtresse de maison. Elle s’éprendra d’eux, tandis que Mme Aubin, austère à souhait, et hermétique au moindre échange affectif et aux sentiments, ne pourra l’admettre. Félicité part pour une nouvelle vie de souffrances, face à laquelle son cœur simple et la primarité de son affection lui permettront de survivre.


Sandrine Bonnaire. Rezo FilmsQuoi de mieux que le pays Cauchois comme cadre de cette intrigue. Gustave Flaubert, le haut-normand, parle parfois de Rouen dans sa nouvelle Un Cœur Simple, il cite surtout Yvetot. Le cœur même du pays Cauchois, un pays magnifique de ruralité, de par sa formidable synergie entre beauté du paysage et l’utilisation rare qu’en font les Cauchois. Flaubert, peut être tourmenté en cette année 1876, écrit là un conte sombre, d’une cinquantaine de pages, mettant en héroïne une femme qui jamais n’aurait demandé pareille représentation.

Marina Foïs et Sandrine Bonnaire. Rezo FilmsMarion Laine a composé autour de ce personnage de bonne, notamment en rajoutant cette histoire de correspondance épistolaire, mais elle n’a pu atténuer le graveleux de l’intrigue. Un Cœur Simple ressemble à un déluge de malheurs qu’une personne seule ne peut assumer. Cette bonne, campée par Sandrine Bonnaire prend tout dans la figure et dans les tripes. Sandrine Bonnaire est à ce titre admirable d’interprétation. On rajoutera aussi le facteur risque. Sandrine Bonnaire a accepté d’apporter une plus-value au long-métrage de Marion Laine, bien qu’il s’agisse du tout premier long métrage de la réalisatrice. Sandrine Bonnaire a sans doute été convaincue par les deux courts métrages réalisés par Laine, et avait du jugé, avec raison, ces deux portraits de femmes comme authentiques.


Marina Foïs et Sandrine Bonnaire. Rezo FilmsMarion Laine cherche l’authenticité là où un homme n’aurait jamais pu la trouver. Un portrait de femme à 100%, qui ne fait pas des hommes l’antithèse de la femme ou la diablerie de leur beauté morale et intérieure, mais des éléments conjoncturels du malheur, des heurs et des joies que ces femmes rencontrent, voire des témoins impuissants. Deux femmes fortes dans ce film. Tellement fortes dans leur solitude et dans leur charisme, que seuls deux enfants les obligent à faire des concessions. Cette dualité ne prend jamais le spectateur aux tripes. Car Marina Foïs campe une maîtresse de maison à la voix si monocorde qu’elle n’apporte aucune nuance au jeu de Sandrine Bonnaire. Heureusement, Sandrine Bonnaire est un grande, une très grande actrice ! Elle porte le film sur ses épaules. Malheureusement, le graveleux guette ! On sent donc parfois, à travers le cocktail Foïs/graveleux, un soupçon de téléfilm du soir. Marion Laine va parfois vite en besogne, et elle échoue dans la direction de l’actrice Marina Foïs, qui ne campe finalement qu’une femme embourgeoisée et rigide jusqu’à l’os. Marion Laine suit là, les propos de Gustave Flaubert, alors qu’elle réussit par ailleurs, à rajouter à cette œuvre originale son lot de féminité. Le propre d’un grand rôle est de savoir se muer et évoluer, car pendant ce temps là le spectateur s’éprend d’une empathie pour ce personnage et se prend au jeu de l’intrigue.

Marina Foïs et Sandrine Bonnaire. Rezo FilmsLa grande réussite du film nécessite la présence d’une grande actrice, Sandrine Bonnaire. Il s’agit en effet de coller au plus près du personnage de cette bonne. Cette histoire de femme est bouleversante, et on admettra à la fois le brillant coup de poker de Marion Laine, et la richesse intellectuelle et analytique de Gustave Flaubert !  Cette réussite est ce portrait de femme, plus précisément ce double portrait de femmes. Ce film mise sur un duo : une bonne et sa maîtresse. L’intrigue réside essentiellement dans l’attente du spectateur de voir le moindre effort de l’une envers l’autre. Au milieu de leur froid glacial, se glissent des hommes, des enfants, une nature hostile, qui sont autant d’éléments perturbateurs. Au milieu de ce cadre, deux femmes se jalousent tout en se maintenant proches : une bourgeoise et une bonne. Des deux femmes, la mieux portraitisée reste la bonne, à l’écran. Sandrine Bonnaire jouant mieux que Marina Foïs. Au final, Marion Laine colle assez bien aux propos de Flaubert, et livre un film riche de son portrait de femme du XIXè siècle. On voit combien Marion Laine a réussi son pari de tenter un long métrage. Car il faut le dire clairement : à l’instar de Flaubert, Marion Laine montre toute la richesse intérieure et morale des femmes, mise en exergue par les défis qu’elles endurent, et contre lesquels elles résistent avec toute la férocité de l’âme, des tripes et du cœur !



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Berlin (Julian Schnabel -mars08)

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Le réalisateur du Scaphandre et le Papillon, Julian Schnabel a filmé ce concert donné à Brooklyn par Lou Reed, en 2006. Lou Reed reprend son album mythique, Berlin, sorti en 1973, et est accompagné d’un orchestre pluriel et complet. Ce concert est une claque visuelle et sonore !!
Berlin c’est un des titres de l’album éponyme de Lou Reed. C’est aussi le mythique concert donné par l’artiste à Brooklyn, en 2006. Un concert assez remarquable ! Précisons pourquoi.

Lou Reed quitte le groupe The Velvet Underground, en 1972. Un groupe qui à l’époque resta dans l’ombre des cracks du rock, qui souffrit aussi de l’émergence du rock de la côte ouest –l’ouragan The Doors notamment-. Berlin n’est pas le tout premier album de Lou Reed en solo, mais il est celui qui le consacra. Berlin est devenu mythique. On admettra l’idée comme quoi Lou Reed est un des plus gros moteurs de la floraison des groupes rocks, à la fin des années 60 et pendant les seventies.

Julian Schnabel a été contacté pour mettre en image ce concert, que Lou Reed décide de donner à Brooklyn, en 2006. Ce réalisateur, peintre à ses heures passionnés, a conçu les décors de scène. Pour finir sur le travail de Schnabel, avant de parler musique, il faut mentionner la grande qualité de sa réalisation. Il doit jongler entre une trentaine de musiciens, présents tout autour de Lou Reed, et on retiendra, entre autres, ce brillant travelling entre les mains de quatre de ses musiciens, ou encore cette immortalisation de Lou Reed lors de cadrage portrait audacieux. Emmanuelle Seigner endosse le rôle de Caroline, qui est la concubine de Jim, deux drogués refoulant la mort. Julian Schnabel sème tout au long de ce concert des séquences où Emmanuelle Seigner est mise en situation, quoique son interprétation reste vague.


Musicalement parlant, le spectateur sera envoûté, tourmenté, baladé, transporté, hypnotisé. Lou Reed appose sa voix « parlé/chanté » sur des mélodies hybrides : sur une même chanson on passera d’une balade folk à de l’instrumental soit hypnotique soit envoûtant. Sauf que ses balades à lui, sont édulcorées par des textes sombres et obscurantistes, faisant de la mort le moteur de la vie de ce couple de drogués, Caroline et Jim. Des balades apocalyptiques, qui ne sont pas du même ordre que celles, pleines de poésie, de Bob Dylan. De toute façon, l’orchestre de Lou Reed fait que celui-ci ne surfe pas sur le même genre de musique que Bob Dylan. Sur la scène de Brooklyn, le chanteur new-yorkais est accompagné de guitaristes –grattes sèches et électriques- et d’une batterie, mais aussi de violoncellistes, violonistes, trompettistes, percussionnistes et d’une dizaine de jeunes femmes choristes, qui sont la crème de la crème du Brooklyn Youth Chorus –la Chorale de la Jeunesse de Brooklyn-. Imaginez bien que la musique que vous entendrez alors, est diverse et variée. Mais dites vous surtout que Lou Reed est armé d’un chef d’orchestre pour coordonner tout ce monde. Lou Reed ne se gênera pas pour imposer des moments d’improvisation, qui mèneront chacun de ses associés à prendre à leur tour les reines de la mélodie. Dans ces moments-là, Lou Reed fixe des yeux le public, et coordonne son orchestre en levant le bras et en employant une palette subtile de mouvements de mains –claquements de doigts, tremblements contrôlés, mouvements soudains de l’avant-bras vers le haut ou vers le bas-. Lou Reed s’amusera aussi à partir en impro avec ses deux guitaristes. Et on finira par être stupéfait par la richesse musicale de ses inspirations, lorsqu’il s’offre un duo d’envergure avec Antony, qui manie la vocalise et la nuance de ton avec un étrange mélange de féminité et masculinité.

Berlin ne souffrira que d’une chose, pour obtenir le succès qu’il mérite : son nombre insuffisant de copies. On est en train de cloisonner quelque chose, qui en couple par exemple, participe amplement à l’envoûtement des sens. Julian Schnabel réussit presque à combler la seule erreur de Berlin, celle de ne pas être présent dans la salle !



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